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( 27 novembre, 2009 )

Monet et le sublime musée d’Orsay

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Un matin de novembre 2008, je me suis posé la question: mais où se trouve donc le tableau de Claude Monet “Le Bassin aux Nymphéas, Harmonie Verte”? Un coup d’oeil sur Internet m’apprend qu’il est au Musée d’Orsay, à Paris. Visite et… coup de foudre! A découvrir ou redécouvrir.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Je suis sur place: je saisis donc l’occasion pour m’y rendre. Que ne ferait-on pas pour les tableaux de Claude Monet et pour celui-là en particulier!
Comme toujours à Paris, aux alentours des musées, les parkings sont remplis. Un conseil si vous tentez l’expérience en voiture: garez-vous sur les berges de la Seine, à deux pas de là. Le musée impressionne par son architecture. Aménagé dans l’ancienne gare d’Orsay créée pour l’Exposition universelle de 1900, il a ouvert ses portes au public en 1986. La structure de la gare offre des volumes énormes. Elle permet des galeries longues et larges dont la principale a été aménagée pour recevoir des sculptures et des statues. D’entrée, le visiteur en prend plein la vue et le coeur…

Certains ne jurent que par le Louvre. Oublier que le musée d’Orsay recèle quantité de trésors serait une hérésie. Connu dans le monde entier, notamment pour sa collection de tableaux impressionnistes, il abrite des oeuvres majeures. Renoir, Degas, Monet, Manet, mais aussi Bonnard, Signac, Van Gogh, Gauguin, Cézanne, Toulouse-Lautrec, Courbet, Delacroix, le Douanier Rousseau et des centaines d’autres y sont présents. La richesse des collections explique l’affluence des visiteurs venus du monde entier pour découvrir ces tableaux et ces sculptures essentielles. La visite est un ravissement. Chaque salle propose des merveilles. Et des peintres d’aujourd’hui s’appliquent à marcher dans les pas des maîtres en recopiant leurs tableaux devant les yeux des visiteurs.

De tableau en tableau, j’arrive à ceux de Monet. La suprise est totale: ils sont nombreux, très nombreux. Ses plus belles oeuvres sont ici. Et le doux “Bassin aux Nymphéas” trône discrètement dans un angle de la pièce, symphonie de verts au milieu des jardins que l’artiste a tant aimés.
Ceux qui estiment que les musées ne sont pas des lieux vivants devraient s’y rendre plus souvent… Ici, le bonheur, l’émotion des visiteurs sont manifestes. Délaissant la file interminable qui mène les amateurs devant le fameux “Déjeuner sur l’Herbe”, beaucoup se dirigent vers “le” tableau qui les attire depuis longtemps. Chacun a le sien. Ici, les gens rêvent.. Histoire de reprendre des forces avant de poursuivre la visite, vous pouvez vous arrêter au restaurant, au deuxième niveau, juste derrière la gigantesque horloge de l’ancienne gare. Entre la vue panoramique sur la ville et les oeuvres somptueuses accrochées, ce musée d’art mille fois présenté mérite de se voir consacrer une journée. Qui sera belle, très belle, soyez-en sûrs.

en savoir plus
Musée d’Orsay, fermé le lundi. Ouvert de 9h00 à 18h00.
Prix: 9,50 euros. Adresse: 1, rue de la Légion d’Honneur, Paris.
Site: www.musee-orsay.fr

( 22 novembre, 2009 )

Michel Boujenah: Le Coeur en Provence

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Dans l’appartement qu’il occupe avec sa famille à Paris, Michel Boujenah semble de passage. Son véritable « chez lui » se trouve à St Paul-de-Vence, loin du bruit de la ville. Entre ses films, ses spectacles et ses responsabilités de directeur du Festival de Ramatuelle, cet homme hypersensible promène sur le monde un regard un peu mélancolique doublé d’un humour à fleur de peau.

« Je vous offre un café? » La fatigue du décalage horaire a beau l’écraser, Michel Boujenah reste un homme du sud. Le sens de l’hospitalité fait partie de lui au même titre que le naturel et la chaleur humaine. Revenu l’avant-veille de Montréal, fêté par ses pairs pour ses 30 ans de carrière, il jette à son appartement un regard de survivant en lançant: « Vous vous rendez compte… hier, il y avait dix enfants ici pour une fête d’anniversaire! » Tout le charme de l’humoriste est dans ce regard à la fois amusé et vaguement perplexe. Son amour pour ses enfants, âgés de 8 et 10 ans, transparaît au détour de ses phrases. Tout comme ce goût des autres qu’il a utilisé pour créer les personnages attachants de ses spectacles. Ceux-ci sont épicés comme le sont ses souvenirs d’enfance, dont les racines sont plantées à Tunis où il a vécu ses premières années au bord de la mer. « Mes premiers souvenirs sont liés à l’odeur de la peinture bleue qu’il fallait souvent utiliser pour repeindre les volets et les portes abîmés par l’air marin. Les pigments de la peinture avaient un parfum particulier que j’adore. J’aimais aussi beaucoup celui de l’iode, les soirs d’été quand la mer remonte. Et puis, il y avait le jasmin, partout… J’en ai planté dix dans mon jardin, dans le sud de la France, en sachant parfaitement que tous ne survivraient pas. J’ai pu en sauver quatre, qui embaument.  »

Parfums d’enfance

De son enfance en Tunisie, le comédien parle avec une chaleur teintée de nostalgie. Il raconte comment, le matin, il partait chercher les beignets fraîchement cuits dans l’huile pour les ramener à son père avant qu’il ne parte au travail. Il parle de la douceur de vivre, puis du déchirement ressenti, alors qu’il avait 11 ans, lorsque, avec sa famille, il immigre en France. « Quand je vois ce qui se passe en Afrique, j’ai honte de dire que j’ai été malheureux en arrivant à Paris. Mais il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur. Nous vivions à six dans deux pièces, mais, au moins, nous n’étions pas à la rue. J’étais en révolte totale contre cette situation. J’ai connu le racisme: j’étais un arabe de confession juive. J’ai beaucoup souffert, mais j’ai revendiqué mes racines, et cela m’a porté tout au long de ma carrière. »

Un havre en Provence

Aussitôt qu’il le peut, Michel Boujenah s’échappe avec les siens, vers sa maison de St-Paul-de -Vence, sur la Côte d’Azur. Il avoue ne pas aimer les villes, ne se sentir bien que dans la campagne, près de la mer « y compris la Manche, pourvu que ce soit la mer! ». Dès qu’il débarque dans sa maison de Provence, il retrouve un univers de liberté, pratique l’art de la sieste et… file à la pêche! Mais pas n’importe quelle pêche… « Je pratique la pêche en mer, avec mes copains. Ma spécialité, c’est la dorade. D’ailleurs, ma fille en a dessiné une que j’ai mise sous verre. Cette pêche, c’est une école de la patience. Nous partons de nuit, vers 18 ou 19 heures, nous posons nos lignes et nous attendons souvent très longtemps. Nous mangeons sur le bateau, nous discutons… Puis, quand il y a une touche, il faut être adroit. Le poisson peut se débattre, il faut le ramener tout en douceur. Je ne pêche que ce que je mange, et je remets toujours le reste à l’eau. »
Lorsqu’il parle de son jardin en Provence, Michel Boujenah a des étoiles dans les yeux. De ce terrain de 6000 m2, il cultive la moitié et laisse l’autre en paix. L’artiste voue une véritable passion aux arbres. En arrivant, le jardin ne contenait qu’un olivier et un figuier couché. Ils ont été rejoints par beaucoup d’autres, tous plantés de ses mains, sous le soleil du sud qui lui est si cher. Comme il le précise en souriant, si à Paris, il écrit, réalise ses films, monte ses spectacles, joue… à St Paul-de -Vence, il vit, tout simplement.

Nourriture sacrée

« La cuisine est pour moi la pièce maîtresse de la maison. La mienne est décorée avec les tableaux de mes enfants. Elle a une âme. Je fais très attention à ce que j’avale, mais j’adore bien manger et cuisiner. La nourriture, pour moi, c’est sacré. Par exemple, je déteste que l’on jette le pain. Chez moi, on l’embrassait avant de le manger. La nourriture tunisienne est composée de beaucoup de grillades, de salades, de couscous. Mais j’adore aussi la cuisine japonaise, chinoise, italienne, la fondue au fromage et… la raclette! »
Martine Bernier(printemps 2008)

( 22 novembre, 2009 )

Michel Boujenah: Toute la chaleur du Sud

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Il a le regard bleu comme les eaux de la Méditerranée qu’il aime tant. Mais, surtout, il a cette sensibilité à fleur de peau qui fait de lui un écorché vif, atteint par les douleurs du monde. Rencontre avec un homme déraciné dont l’humour tendre et décapant, cohabite avec des failles et des douleurs avec lesquelles il apprend à vivre jour après jour. Un bel humain qu’il est difficile de regarder autrement qu’avec tendresse.

- Vos premiers souvenirs d’enfant, vous les avez à Tunis, où vous êtes né…
Oui, je me souviens du parfum du jasmin, de l’odeur de la peinture bleue utilisée pour repeindre les volets et les portes. Il fallait les repeindre souvent, au bord de la mer… Je me souviens aussi des beignets que j’allais chercher, le matin, avant que mon père ne parte travailler. Il était médecin et je ne le voyais que rarement.
- Enfant, vous avez été très malade…
J’avais une décalcification des deux épaules. J’ai dû me faire opérer plusieurs fois. J’étais réellement malade, mais je pense que quelque chose en moi s’arrangeait de cette maladie qui me permettait d’attirer sur moi l’intérêt de mon père.
- Comment avez-vous vécu votre arrivée en France, lorsque vous aviez 11 ans?
Très mal. Quand je vois ce qui se passe en Afrique, j’ai honte de le dire: après tout, nous n’étions pas à la rue. Mais il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur. J’étais déraciné. Avec ma famille, nous nous retrouvions à vivre à six dans un appartement de deux pièces. J’étais très triste, en révolte totale contre tout cela. Comme j’étais Arabe de confession juive, ce n’était pas facile. J’ai connu le racisme, j’en ai beaucoup souffert.
- Quand les choses ont-elles commencé à s’améliorer?
Au bout de deux ans, j’ai eu un professeur de math qui portait presque le même nom que moi. Il était gentil avec moi, et je me suis senti un peu mieux. Mais je continuais à dire “eux” lorsque je parlais des Français… Je ne me sentais pas chez moi, pas intégré.
- Puis est venu le temps où vous avez revendiqué vos racines…
Oui. J’ai commencé à faire du théâtre. Vers 24 ans, j’ai décidé d’assumer ce que j’étais, et j’ai fait vivre des personnages à travers mes propres spectacles. Je me suis senti beaucoup mieux!
- Depuis trente ans, le public vous suit. Quelle relation avez-vous avec lui?
Mon rôle est de faire rire. Je vis dans le présent de la représentation avec les personnes venues me voir, et je donne beaucoup d’amour, de tendresse. Mais j’en reçois aussi énormémement. Les applaudissements, à la fin d’un spectacle, c’est toujours un moment profondément émouvant.
- Quel a été votre plus beau souvenir professionnel?
Le jour où j’ai joué la première représentation de mon premier spectacle “Albert”, en Tunisie. Et la dernière, à l’Olympia de mon autre spectacle, “Les Magnifiques”. Dans les deux cas, c’étaient des moments très forts…
- Avez-vous un regret?
Oui.. mais vous n’allez pas me croire! Je regrette de ne pas avoir été plus loin dans la pratique du tennis. J’étais très bon, mais mes problèmes de santé m’ont empêché de poursuivre. Je regrette aussi de ne pas avoir été pédopsychiatre. Et, surtout, je regrette le temps qui passe… J’aimerais que les journées comptent au minimum 92 heures!
- Vous avez un appartement à Paris, vous retournez souvent en Tunisie où vous êtes chez vous, mais, en France, votre coin de paradis se trouve à St Paul-de-Vence.
Je déteste Paris, les villes en général. J’ai besoin du calme de la campagne, j’adore la mer. Même la Manche, tiens, pourvu que ce soit la mer!
Le sud de la France me fait un bien fou. Je m’y sens beaucoup plus libre. Je retrouve mes marques: j’y fais la sieste, je vais pêcher en mer avec mes amis. Notez que je ne pêche que ce que je mange: le reste, je le remets à l’eau! J’aime ces heures passées entre copains, j’aime ma cuisine, là-bas. C’est la pièce maîtresse de la maison, elle a une âme, décorée avec les tableaux de mes enfants. Nous y passons tout notre temps. J’aime les arbres. Quand je suis arrivé là-bas, il n’y avait qu’un olivier et un figuier couché. J’ai planté tout le reste. Y compris le jasmin, pour retrouver le parfum de l’enfance.
- Vous préparez en ce moment un nouveau spectacle: “Enfin libre”. De quoi parlera-t-il?
Au bout de trente ans de carrière, j’ai aujourd’hui la liberté de faire ce que je veux. La liberté est une expression luxueuse… Ce spectacle parle des choses qui me préoccupent en ce moment, de la difficulté d’être soi-même. Il parle beaucoup d’amour, de la déchéance, de la pauvreté. Je crois que l’on peut être soi-même tout en regardant le monde, en s’y intéressant.

Propos recueillis par
Martine Bernier (printemps 2008)

( 22 novembre, 2009 )

Nicolas Joly: Pape de la biodynamie

Vigneron militant et engagé, le français Nicolas Joly parcourt le monde pour défendre les bienfaits de la biodynamie. Considérée par la presse spécialisée comme étant un producteur exceptionnel, son grand cru « La Coulée de Serrant » figure au firmament des grands vins blancs de France. Visite dans son domaine de la Roche aux Moines.

La route est longue, pour arriver jusqu’au réputé Vignoble du Clos de la Coulée de Serrant, propriété de Nicolas Joly surnommé, à travers le monde, « le pape de la biodynamie ». Neuf bonnes heures de route séparent la Suisse de son domaine, à Savennières, près d’Angers. Mais le déplacement en vaut la peine. Malgré les sollicitations dont il fait l’objet pour donner des conférences à travers le monde, le maître des lieux accueille ses hôtes avec une chaleureuse disponibilité. D’emblée, ce passionné aborde le sujet de la biodynamie sans détours.
Il se définit lui-même comme anthroposophe, tout en précisant « Je suis lié à ce savoir qui est une formidable connaissance pour l’homme, mais je conserve un certain recul. » Cette philosophie issue de Rudolf Steiner aborde toutes les facettes de la Vie. Bien qu’il s’intéresse à chacune d’entre elles, celle qui occupe essentiellement Nicolas Joly est la biodynamie. Cette méthode de culture exclut toute utilisation d’engrais chimique, acaricide, pesticide, désherbant ou produit chimique de synthèse d’aucune sorte.
 » Lorsque les gens retournent à la biodynamie, explique-t-il, c’est parce qu’ils ont compris que la nature est quelque chose d’organisé, de compliqué. Ils excluent alors les produits chimiques que cette nature est incapable de gérer. La biodynamie nous explique qu’il existe une matrice énergétique autour de la terre. Il s’agit de reconnecter la terre à ce monde énergétique. »
Nicolas Joly est clair: il ne faut pas confondre la biologie – déjà considérée comme un progrès important à ses yeux – et la biodynamie. La seconde utilise des préparations agissant comme catalyseurs d’énergies précises. C’est de ces processus particuliers, de calcaire, de potasse ou d’autres ingrédients, que se nourrit la terre.
Son discours est fouillé, limpide, mais parfois sévère avec l’homme: « L’homme se considère comme un être important, mais ne semble pas comprendre qu’il fait partie d’un tout, assène-t-il. L’UNESCO a affirmé que la biodynamie est l’enseignement le plus adapté pour résoudre les maux de notre époque. L’explication est simple. Une personne qui a la main verte est reliée par le cœur et par la tête à ses plantes. De la même façon, il faut expliquer à l’individu qu’il fait partie de ce monde. L’intellectuel sait, mais ne comprend rien. La biodynamie demande de comprendre le monde. »
Cultiver une vigne en biodynamie ne veut pas dire forcément qu’elle donnera un vin de qualité. En revanche, il sera imprégné des arômes et des goûts typiques à son terroir. Nicolas Joly estime qu’avant d’être bon, un vin doit être vrai, authentique. Il se réfère souvent à Goethe pour expliquer « que chaque acte agricole a un impact sur les maladies de la vigne, sa santé et le goût du raisin. Raison pour laquelle il faut redécouvrir l’immense diversité des plantes qui nous entourent, leurs particularités, leurs gestes. » Le but étant de ne jamais contrarier le travail de la vigne, mais de le soutenir.
Pour le propriétaire du Clos de la Coulée du Serrant, la lutte intégrée n’est pas vraiment un progrès. « Celui qui l’a mise en place a manifesté le désir de faire mieux, analyse-t-il. Mais cela ne marque pas d’amélioration réelle puisque, au lieu d’utiliser 100% de poison, on en utilise 80%. Ce qui est déjà beaucoup trop. Je ne suis pas non plus d’accord avec certaines exigences de Déméter qui n’encouragent pas la pratique de la biodynamie sur des parcelles trop morcelées. Le danger est de pousser trop loin une idée. La biodynamie est une force pour la terre. Il faut la pratiquer le plus possible. »

En France, selon Nicolas Joly, les écoles d’agriculture sont partagées quant au regard qu’elles portent sur la biodynamie. Mais, à l’image de nombreux grands viticulteurs, beaucoup s’ouvrent de plus en plus à cette pratique, comme à la biologie. Pour donner de bonnes bases à ses préceptes, le vigneron spécialiste et quelques-uns de ses collègues ont fondé une association pour une renaissance des Appellations Contrôlées. Ses membres garantissent que leurs produits ne sont pas traités génétiquement. Une charte de qualité permet de passer, en fonction des actes accomplis, figurant dans le document, de une à trois étoiles « vertes », auxquelles vient s’adjoindre la notation habituelle que font les guides des vins. Tous les vignerons ayant adopté cette charte promettent ainsi des vins authentiques et inimitables, le rapport sol / climat ayant partout un aspect différent.

La Coulée de Serrant d’hier et d’aujourd’hui

Planté au 12e siècle par des moines Cisterciens, le vignoble de la Coulée de Serrant, aujourd’hui propriété de la famille Joly, n’a jamais eu d’autre vocation que celle de la vigne. L’ancien monastère d’époque existe toujours. Quelques centaines de mètres plus loin, également dans le périmètre de la propriété, a été construit le Château de la Roche aux Moines. Cette forteresse qui veillait sur la Loire présente en contrebas, a connu son heure de gloire en 1214, lorsque le Prince Louis, fils de Philippe Auguste, mis en déroute Jean Sans Terre, roi d’Angleterre. Au 16e siècle, sur ordre du roi, la forteresse a été démantelée lors des guerres de religion pour qu’elle ne devienne pas un bastion protestant. Aujourd’hui, les ruines sont toujours visibles et sont classées, tout comme le monastère. Des souterrains servent encore de chais à l’habitation actuelle, reconstruite deux siècles après la destruction du château. Elle est le siège actuel du prestigieux vignoble, installé, comme le précise son propriétaire, sur un ancien lieu celtique.
Les sept hectares de la Coulée de Serrant, qui figure parmi les meilleurs vins blancs de France, est cultivée en partie à la main et au cheval, en raison de la raideur des pentes surplombant le fleuve. Louis XI et Louis XIV célébraient déjà ce vin comme un produit rare et unique. Depuis 1985, le vignoble est entièrement cultivé en biodynamie.

Biodynamie: les préceptes fondamentaux

Il est difficile, voire impossible de résumer la biodynamie en quelques lignes. Nicolas Joly estime que seul un sol vivant doté des micro-organismes qui lui sont propres peut donner un vignoble sain et de valeur. Pour lui, quatre associations sont vitales entre la terre et la plante: le minéral et la racine, le liquide et la feuille, la lumière et la fleur, la chaleur et le fruit.
Il faut également tenir compte de l’existence d’une polarité entre la gravité (qui tire vers le bas, par les racines), et la force ascensionnelle (qui tire vers le haut, notamment par la fleur). La biodynamie préconise la prise en compte subtile d’une multitude de paramètres destiné à préserver la santé de la vigne et à rétablir l’équilibre naturel du vignoble.

( 22 novembre, 2009 )

Jean-Pierre Coffe: L’élégance du coeur…

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Jean-Pierre Coffe est connu pour ses colères, ses indignations devant certaines inepties, alimentaires ou autres, du monde moderne. Ecrivain, il a signé une trentaine d’ouvrage, touche à la radio, au théâtre, est chroniqueur dans l’émission de Michel Drucker « Vivement Dimanche ».
Le public sait moins que, derrière le personnage public, se cache un homme de coeur, d’une élégance rare, pour lequel l’entraide n’est pas un mot inconnu.

- Vous avez une relation très particulière avec la Suisse..
Mes premiers souvenirs me viennent de ce pays. Je suis né en 1938, à Lunéville. Mon père a été tué pendant la guerre. Ma petite enfance a donc été difficile. Après la guerre, la Croix-Rouge a invité des orphelins en Suisse. J’ai été accueilli dans le Jura, chez la famille Fleury. C’était dans une ferme, dans laquelle il y avait des vaches, des porcs, des chevaux, des lapins… Je m’y sentais tellement bien que, de retour chez moi, je me suis fait passer pour malade pour y retourner. Finalement, je suis resté presque deux ans chez eux. C’est là que j’ai développé mon goût pour les aliments simples, mais de qualité.
Aujourd’hui, j’ai un cep de vigne à mon nom à Denens, en Suisse, ce village qui a un festival d’épouvantails. Et chaque année, les gens qui s’en occupent m’envoient une bouteille du vin qu’ils en ont tiré. Ce qui me touche beaucoup…

- Au début des années 1970, vous avez créé une association: « Les Grands-Mères au pair ». De quoi s’agissait-il?
J’ai toujours aimé les gens, et j’avais envie d’accomplir une belle action. Le but de cette association était de placer des personnes âgées dans des familles pour les vacances, de leur permettre de changer d’air, de voir du pays. Plus de 5000 personnes ont pu en profiter. J’étais soutenu financièrement par le Ministère des Affaires Sociales. Puis nous avons changé de ministre, et le budget n’a pas été renouvelé.

- Fin de l’expérience?
Ce sont pas des gens riches qui accueillaient les grands-mamans. Il fallait bien payer les billets pour leur permettre de voyager… Pendant quelque temps, j’ai financé l’association de mes propres deniers, puis j’ai fait faillite et j’ai dû arrêter. Mais ça a été une très belle expérience.

- Le goût des autres, en revanche, ne vous a pas quitté…
C’est vrai. Je ne vis pas à la campagne par hasard. Je rencontre des gens sur les marchés. Ce n’est pas signer des autographes qui m’amuse. En général, j’apprends toujours quelque chose, je découvre beaucoup avec les personnes que je rencontre. Elles me parlent de sujets que je ne connaissais pas et cela me plaît beaucoup.

- Dans votre émission de radio « Ca se bouffe pas, ça se mange », vous avez pris souvent position. Parfois même sur des sujets où vous n’étiez pas attendu. Je pense notamment à la nourriture dans les prisons.
Oui. En 2007, nous avons reçu une lettre d’un auditeur qui purgeait une peine de prison, et qui a attiré notre attention sur l’alimentation en milieu carcéral. Je me suis rendu sur place et j’ai consacré une émission au sujet. Pour améliorer leur ordinaire, les détenus peuvent « cantiner », c’est-à-dire acheter de la nourriture. Mais on leur propose tellement de sucreries que beaucoup d’entre eux, y compris chez les femmes, sont obèses. Cela méritait d’en parler.

- Vous menez plusieurs combats depuis des années, notamment sur les conséquences de l’agriculture intensive, les prix trop élevés de l’industrie alimentaire, et de nombreux autres sujets d’utilité publique. Avez-vous le sentiment que les choses évoluent dans le bon sens?
Si je vous dis non, je vais paraître trop modeste. Mais dire oui serait prétentieux. Ce qui me dérange, c’est le fait que je sois très seul à mener ce combat. Je serais en Suisse, je serais acoquiné à un journal de consommateurs car ils ont le mérite d’être indépendants. Les Suisses ont une conscience citoyenne, civique, de l’importance de l’alimentation. En France, j’ai l’impression que cela ne préoccupe pas grand monde. La vache folle a révélé que l’on peut mourir en mangeant. Il y a encore tellement à faire…
Le Projet Nutrition Santé (PNS) s’attarde sur le fait que environ 22% de la population française est obèse, ce qui va poser un véritable problème économique. Qu’il faut prendre en mains sérieusement.

www. jeanpierrecoffe.com

NB: Il faut remettre cet article dans son contexte. Si Jean-Pierre Coffe y parle autant de la Suisse, c’est parce que ce texte était destiné à un journal helvétique.

( 22 novembre, 2009 )

Jean-Claude Dreyfus: Un Saltimbanque raffiné

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Nous le connaissons tous, au moins de nom ou de visage. Il fait partie de ces acteurs qui « marquent ». Qui peuvent même impressionner tant leurs prestations ont pu nous faire frissonner. Ce fut son cas, notamment dans le rôle du boucher du film « Delicatessen », ou dans la pièce « L’hygiène de l’assassin », d’Amélie Nothomb.
Dans la réalité, Jean-Claude Dreyfus est un homme délicieux. Taillé en armoire à glace, il joue de son physique, de sa voix, de son regard et semble perpétuellement s’amuser.
Dans son pied-à-terre parisien, il fait preuve d’une gentillesse et d’une… délicatesse infinies. Mieux encore: cet étonnant personnage au sourire moqueur et au regard énigmatique fait partie de ceux qui se donnent la peine de vous rappeler après la sortie d’un article, pour vous remercier. Ecrivant un petit mot ensuite pour vous envoyer ses voeux de bonne année… « amitieusement », comme il le dit si bien!
Ciel, un merveilleux OVNI!

- Le public vous connaît comme acteur, mais vous ne vous contentez pas de cette unique activité… Vous êtes en fait quelqu’un de très atypique.
C’est vrai, on peut dire cela. J’ai commencé comme illusionniste. Mon père avait une revue « Art et Sana », pour les personnes tuberculeuses. J’ai commencé là.
Puis je me suis produit au cabaret de la Grande Eugène pendant sept ans. J’ai fait l’Ecole du Spectacle, puis du théâtre, en Provence. Nous donnions même la parade dans les petits villages! En fait, j’ai tout fait de A à Z!

- Aujourd’hui, vous êtes acteur, mais vous chantez également.
Oui. J’ai beaucoup travaillé avec Armande Altaï, que le public a redécouverte grâce à la Staracademy. Mon ancien tour de chant s’appelait « De porc en port ». Un petit clin d’oeil à l’amour que je porte aux cochons. Le suivant s’intitulait: « Jean-Claude Dreyfus chante, en toute sobriété ». Mon dada, c’est la diversité. J’aime tourner, chanter, écrire, jouer au théâtre. J’aime bien la liberté…

- Une liberté qui vous a, jusqu’ici, découragé d’appartenir à une compagnie théâtrale. Vous avez même été jusqu’à refuser une place à la Comédie Française?
Parce que, là encore, j’aime pouvoir changer de théâtre, travailler avec d’autres personnes, garder ma liberté de choix. Mais, notez, il n’est pas exclu que j’accepte leur proposition à l’avenir. Simplement, pour le moment, je ne suis pas prêt.

- Vous êtes un homme abordable, généreux de votre temps. Quel regard portez-vous sur votre métier?
D’un côté, je pense que les acteurs sont tous un peu exhibitionnistes. L’exhibitionnisme des sentiments, de soi-même, le plaisir de ne pas être dans la vie de tout le monde. C’est un des côtés fascinants de cette profession. Je peux, au gré des rôles, être avocat, boucher… Je vis des bribes de vie par procuration…
D’un autre côté, on est au théâtre pour offrir des histoires qui vont vous faire rêver, qui vous apporteront des émotions.
Je joue pour le public. Mais pas n’importe comment. On ne doit pas lui proposer ce que nous pensons qu’il peut avoir besoin. Ce serait une énorme erreur.
Certaines chaînes de télévision vont au-devant d’un audimat. Le théâtre pas. Il propose un amalgame de plusieurs éléments: un auteur, des partenaires de scène, un texte…
Et les spectateurs choisissent de venir ou pas. J’aime les gens. Ils me servent dans tout ce que je fais. Leurs réactions doivent juste être un peu canalisées lorsque certains dépassent les limites.

- Comment ressentez-vous la critique?
Mal! Plus qu’être douloureux, c’est horriblement ennuyeux, car cela nous empêche d’avoir un très bon dossier de presse et, donc, de pouvoir assurer une bonne tournée avec une pièce si celle-ci a été éreintée par la critique.

- Vous avez beaucoup écrit sur le cochon, animal que vous aimez. Vous possédez d’ailleurs une collection sur ce thème de 4000 pièces.
Oui, au départ, mes amis m’en offraient en faisant référence à mon soi-disant caractère de cochon. Depuis, je me suis assagi, mais je me suis attaché à cet animal amitieux et sensible. Sa forme me touche. J’aimerais écrire un roman autour du cochon. J’en ai déjà quelques pages. Mais mon véritable plaisir serait d’écrire une autobiographique qui ne parlerait pas de moi…

(photo: Eric Bernier)

( 22 novembre, 2009 )

Alain Baraton: Le Jardinier de Versailles

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Depuis plus de trente ans, Alain Baraton travaille dans l’ombre royale du château de Versailles. D’apprenti qu’il était en 1976, à son arrivée, il est aujourd’hui jardinier en chef et, sans doute, le plus connu des « doigts verts » français.

Il est heureux de le faire remarquer lorsque l’on pénètre dans son bureau: Alain Baraton vit dans la maison qu’occupait Molière lorsqu’il venait à Versailles, près du Grand Trianon et de ses marbres roses. Une maison nichée au milieu du parc qu’il connaît comme sa poche et où, chaque jour, l’actuel maître des lieux se balade avec Pym, son berger allemand.
On a beau être responsable du jardin le plus prestigieux de France, avec une centaine de personnes sous ses ordres, on n’en reste pas moins jardinier. Une profession qu’Alain Baraton défend avec fougue: « Le jardinier est considéré, avec un certain dédain, comme le paysan de la ville. Ce sont ceux que l’on n’invite pas dans les salons. Nous ne devons pas accepter cela. Cet état de « valet », nous le devons à Le Nôtre, concepteur des jardins du château, sous Louis XIV. Je le soupçonne d’avoir été servile. Il était urbaniste des parcs du roi, il aménageait l’espace, il avait du talent, du génie, même, mais il n’était pas vraiment jardinier! »
Alain Baraton est sans doute l’un des jardiniers les plus connus de France. Son titre, pompeux de « jardinier en chef du Domaine National de Trianon et du Grand Parc de Versailles », ne lui monte pas à la tête: « Vous savez, tailler un rosier ici ou dans les parcs de Genève se fait exactement de la même façon! ». Aujourd’hui rendu populaire par ses livres et l’émission de radio très écoutée dans laquelle ce pourfendeur de la langue de bois intervient le week-end sur France Inter, il n’avait pourtant pas de vocation à la base, lui non plus.

« Je suis né à Versailles… »
Lorsqu’il était enfant, dans sa famille, il était surnommé « La Bouse ». Une manière maladroite, pour ses parents, de s’adresser au cinquième de leurs sept enfants. « Mes frères et sœurs suivaient tous des études intellectuelles. Moi, je n’avais pas de don particulier. Finalement, je suis devenu jardinier. Je suis véritablement né à Versailles, en 1976, lorsque j’ai commencé à y travailler. Je posais beaucoup de questions. Jusqu’alors, les professionnels travaillaient d’une certaine manière, parce que leurs prédécesseurs le faisaient ainsi avant eux. De mon côté, j’avais besoin de comprendre. »
Au fil du temps, l’apprenti a gravi les échelons, jusqu’à devenir aujourd’hui responsable de la présentation, de l’entretien, de l’amélioration et de la conservation de ce haut lieu historique et touristique. La tâche est vaste. Et a connu quelques moments dramatiques.

Noël catastrophe
Le 26 décembre 1999, la tempête qui ravage l’Europe occidentale n’épargne pas le domaine royal. 18’500 arbres sont arrachés par le vent, 40’000 autres seront abattus par la suite. Un champ de bataille pathétique où, parmi les victimes végétales, figurent des sujets dont l’importance historique était indéniable. Comme l’immense tulipier de Virginie, provenant des anciennes pépinières royales. Sa taille de 30 mètres et sa circonférence de plus de trois mètres ne l’ont pas protégé: il n’a pas survécu. Ce spectacle de désolation émeut les foules, relayé par Alain Baraton qui, cette fois, sort de sa réserve pour faire appel aux médias. La survie du parc en dépend.
Huit ans plus tard, 300’000 arbres ont été replantés à Versailles. Le parc ne ressemble plus à ce qu’il était avant la tempête, mais le Roi Soleil serait content… « Les lieux ressemblent davantage à ce que le roi lui-même a connu à l’époque. Nous avons tenu compte de l’expérience de cette catastrophe naturelle pour replanter différemment. Avant la tempête, il y avait beaucoup d’ormes, dont une grande partie avait été décimée par des maladies. Aujourd’hui, nous avons multiplié les essences, pour mieux résister aux maladies. L’arbre le plus fréquent du parc est le marronnier. Ils ont été introduits au 17e siecle en Europe, et Versailles a été l’un des premiers lieux à en planter. Ils vieillissent mal, cassent facilement, mais ils apportent une atmosphère d’authenticité historique au parc. Nous avons également beaucoup de tilleuls, de hêtres. Je ne supporte pas la perfection. C’est pourquoi, au milieu des alignements de hêtres de même couleur, j’ai systématiquement planté un hêtre pourpre. Pour casser cette perfection… la signature du jardinier! J’apprécie tout particulièrement les lieux en automne. Les couleurs, l’ambiance sont magnifiques… »

Conseils à travers le monde
Alain Baraton ne se contente pas de veiller sur Versailles. Ecrivain, photographe, il a déjà publié huit livres. Disponible, lorsque quelqu’un lui demande de se déplacer, y compris à l’étranger, pour obtenir son avis sur un arbre vieux et beau, il se rend sur place, ne se faisant rembourser que ses frais de voyage. Ainsi, il est souvent en Suisse, dans la région de Genève,où il rend visite à des propriétaires en quête de bons conseils. Il distille aussi son expérience et son savoir en Chine où, sur un domaine de 300 hectares, un particulier a décidé de faire construire la réplique du château de Maison-Lafitte, entouré de jardins à la française.

« Mon jardin à moi? »

Mais, au fait, lorsque l’on est responsable d’un parc de 840 hectares, a-t-on encore envie d’avoir son propre jardin? « Oui! J’en ai deux. Ici, au sein du domaine, j’ai 1000 m2, entouré de murs très élevés, tapissés d’arbres fruitiers. Au début, c’était un jardin potager et d’agrément. À présent, c’est une grande pelouse. J’adore y lire ou y dormir. J’ai sans doute le jardin le moins bien entretenu du département, alors qu’il pourrait être, si je le voulais, le plus beau de France! J’en ai un autre, dans ma maison, sur l’île d’Oléron. À Versailles, j’aime les parcelles sur lesquelles nous avons mis des moutons, tondeuses à gazon écologiques. Je voudrais aussi réintroduire le cheval, ne fut-ce que pour le vidage des poubelles, qui deviendrait ainsi un spectacle en lui-même. Rendre le parc encore plus vivant. Ce n’est pas encore accepté, mais je ne désespère pas! »

Martine Bernier

+ D’INFOS

- « Le Jardinier de Versailles », Alain Baraton, Grasset
- « Le jardin de Versailles vu par Alain Baraton » (200 photos de A. Baraton), Ed. Hugo Image.
- Émission « Le Plantiste », samedi et dimanche de 7h45 à 8h00, France Inter.

( 22 novembre, 2009 )

Bruno Masure: « Je vis chez mes chats, pas l’inverse! »

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Journaliste vedette présentateur du journal de 20 heures sur les chaînes françaises dans les années 80, Bruno Masure voue un amour inconditionnel aux chats. Il vient de leur consacrer un livre et continue à partager sa vie avec trois « purs gouttières ». Visite à Bercy (Paris), dans le pavillon où il habite « chez ses chats ».

Dans le pavillon parisien de Bercy où vit Bruno Masure, les chats sont rois. Inutile d’espérer les voir hanter le canapé en cas de visite. Bien dissimulés à l’abri des regards indiscrets, « Loana », « Teigne » et « Pot-de-colle » n’honorent le propriétaire des lieux de leur présence que s’ils l’ont eux-mêmes décidé.
Dans la vie du journaliste, ces félins jouent un rôle particulier. « Tous ceux qui ont fait partie de ma vie sont des chats de gouttière. Je n’aime pas les chats luxueux, de race. Ceux que j’ai eus sont tous des SDF! Je ne supporte pas l’idée de devoir payer des sommes folles pour acquérir un chat. » Pas d’accord de se ruiner pour l’achat d’un animal, mais, en revanche, le cœur sur la main dès qu’il s’agit de voler au secours de l’un d’entre eux. La grande majorité de ses protégés ont connu un début d’existence tourmenté. Hormis Loana, dont la seule particularité a été de naître « la fameuse nuit du jacuzzi de Loft Story », tous sont un jour arrivés devant sa porte en piteux état. Et tous ont eu droit à ses soins attentifs, aux visites chez le vétérinaire, et à des traitements qui, avoue leur hôte, lui coûtent une fortune.

Naufragés des jardins

Bruno Masure raconte sans se faire prier les parcours de vie de ses chats. À commencer par celui de Teigne, naufragé cabossé dont il décrit le regard bleu que les visiteurs ne verront pas. Méfiant, le matou préfère éviter le contact avec les inconnus. « Il est un jour arrivé dans mon jardin, alors qu’il avait deux ou trois mois. Il était quasi aveugle et avait une sérieuse maladie de peau, qu’il a toujours, d’ailleurs. Il avait un aspect tellement repoussant que personne n’en aurait voulu. Donc, je l’ai gardé. Il est toujours aussi abîmé, mais c’est un chat formidable. Pot-de-Colle, lui, est arrivé en plein mois de novembre. Il faisait très froid. J’ai eu beau faire, il est resté devant chez moi jusqu’à ce que j’accepte de le garder. Il m’a choisi. Il avait été castré, ce qui indiquait qu’il avait dû avoir une vie antérieure. Il ressemble un peu à un chat norvégien… C’est le seul des trois à être très câlin, mais lorsque je veux le caresser sur la tête, il se protège. C’est peut-être un raccourci hâtif, mais j’ai tendance à penser qu’il a dû vivre des événements difficiles. Quant à Loana, je vis chez elle. Elle aime dormir sur mon lit. Si j’ai le malheur de fermer la porte de la chambre, elle a dans le regard un air de reproche indigné très explicite… »

« Les chats me ressemblent »

Pas sectaire pour un sou, le journaliste avoue aimer également les chiens, même s’il trouve plus contraignant de s’en occuper. « Ils ont un caractère qui correspond moins au mien. Les chats, eux, sont d’une liberté et d’une indépendance absolue. Je suis comme eux. J’aime faire ce qui me plaît quand cela me plaît. Ils ne se forcent pas, ne font jamais semblant. S’ils viennent se blottir sur vos genoux, c’est qu’ils ont choisi de le faire. » Dans son livre, Bruno Masure explique que ses compagnons dorment environ 14 heures par jour. Lui à peine un peu moins, ce qui ne l’empêche pas de partager leur goût pour le calme et la tranquillité. Celui qui présentait le Journal de 20 Heures en charentaises par souci de confort et qui terminait ses passages à l’antenne par un dicton humoristique, a traversé des moments troublés dans sa vie professionnelle, lorsqu’il a quitté la télévision. Là encore, ses animaux ont joué un rôle primordial. « Pour supporter le stress de la télévision, j’avais mes chats et mon jardin. Rien ne me détend davantage que d’arroser le jardin ou de caresser un chat. Ces animaux ont un pouvoir déstressant qui a été maintes fois prouvé. Je les trouve toujours élégants, gracieux. J’ai deux amours: la politique et les chats. Je travaille en ce moment sur un livre parlant des relations entre les hommes politiques et les journalistes. Ecrire parallèlement l’ouvrage sur les chats me lavait la tête.  »

Bercy, paradis perdu

Lorsque le journaliste est arrivé à Bercy, voici vingt ans, le quartier était un véritable Eden pour les chats errants. Avant que les anciens entrepôts de vin n’y soient remplacés par des immeubles, le lieu, explique-t-il, était privilégié. « Des dizaines de chats y vivaient, nourris par les veilles dames. C’était l’endroit le plus poétique de Paris, un paradis pour les chats et pour les photographes. Aujourd’hui, un très joli parc y a été installé, mais les chats ont disparu. »
Reste aux chats du quartier le privilège de profiter des jardins des pavillons, formant un triangle hermétique aux dangers de la rue. Une vie de rêve…

Martine Bernier

SOUS LA LORGNETTE DE MASURE

Un livre sur nos félins d’appartement, Bruno Masure a beau les adorer, il n’aurait jamais pensé l’écrire jusqu’à ce que son éditeur lui en fasse la demande. L’ex journaliste vedette présentateur du journal de 20 heures pendant 13 ans a donc repris sa plume insolente et drôle pour signer « Les Chats vus par Bruno Masure ». Soixante mots servent de fil rouge à l’ouvrage truffé de photos et d’informations on ne peut plus sérieuses. Mais comme on ne se refait pas, l’auteur a retrouvé toute sa verve pour parler de ses compagnons, signant un livre insolite.

En savoir plus:

Livre: « Les Chats  » vus par Bruno Masure. Collection Phare’s. Editions Hugo image.

( 22 novembre, 2009 )

Derib: En osmose avec la nature et les chevaux

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Derib est le dessinateur de Yakari, de Buddy Longway, de Red Road et de nombreux autres personnages de bandes dessinées apprécié autant des enfants que des adultes. Dans sa maison de la Tour-de-Peilz (Suisse), il vit au plus près de ses convictions et de la nature qui est, pour lui, une source d’inspiration constante.

« Mon premier dessin, lorsque j’avais 5 ans, représentait un cavalier. Je suis allé le montrer à mon père qui m’a demandé ce que c’était. Cela m’a horriblement vexé! »
Les chevaux, Derib les aime depuis sa plus tendre enfance. Le papa de Yakari, de Buddy Longway et de Red Road, était un garçonnet lorsqu’il a commencé à les dessiner en les observant alors qu’ils étaient au pré. Il les attirait avec des poignées de dents de lion « non polluées », précise-t-il.
Plus tard, vers l’âge de 18 ans, il a accepté de décorer le manège de Villars, dans les Alpes vaudoises, contre des cours d’équitation. Quelques mois à peine après avoir appris à se tenir plus ou moins en selle, il était chargé d’apprendre à monter à de nouveaux élèves. Une expérience audacieuse pour laquelle il était rémunéré 50 centimes par élève.
Les animaux, Claude de Ribaupierre les aime tous. Parmi eux, le bison l’a marqué profondément. « Je devais avoir six ou sept ans quand j’ai reçu, pour Noël, l’un des plus cadeaux de mon enfance, se souvient-il. Il s’agissait d’un bison en terre cuite. Je l’ai toujours. Pour moi, c’est un animal mythique, Il a une stature très particulière. Et c’est lui qui a fait vivre les indiens. »
A travers Yakari, petit personnage qui apprend aux enfants le respect de la nature qui les entoure, il a donné vie à des animaux aussi variés que l’aigle, le castor ou le loup. Avec ce dernier, il a partagé une expérience unique. De passage au Gévaudan, il a eu l’occasion de visiter la réserve de loups. « J’ai pu rentrer dans le parc et dessiner les loups qui se trouvaient tout près de moi, raconte-t-il. Le regard de cet animal est poignant. Il dégage une grande tristesse, de la détresse et de la nostalgie. On dirait qu’il vient du plus profond des âges… »
Parmi les animaux domestiques, Derib voue une affection profonde au chat qu’il considère comme l’animal le plus adapté à la civilisation, tout en ayant conservé sa liberté. La famille de Ribaupierre connaît bien les chats. Elle en possède trois, et vient de perdre, en décembre, le quatrième p âgé de tous, à vingt ans.
Mais c’est bien le cheval qui a marqué et marque toujours la vie de Derib. Dans ses deux albums, ils sont omniprésents.
Une fois qu’il a appris à monter, Derib a chevauché durant plus de trente ans. Il a également adopté quelques chevaux, mais à chaque fois dans le but de les sauver de la boucherie. Comme le premier pur-sang qu’il a acquis, Darky. « Il avait eu les tendons antérieurs claqués, ce qui le condamnait à une mort certaine. Nous l’avons acheté et soigné. Il a guéri, et a même participé à d’autres courses, en amateur, qu’il a gagnées! »
Au fil du temps, le cavalier a fait plusieurs chutes violentes. Depuis une douzaine d’années, il n’éprouve plus le besoin de monter, mais voit toujours des chevaux chaque jour. Chez eux, il aime leur générosité. « Sans chevaux, notre civilisation n’existerait pas, rappelle-t-il. Ils ont été très mal utilisés et sacrifiés pendant les différentes guerres. Mais ils nous ont permis de conquérir le monde. Je trouve que nous ne les respectons pas assez. Nous n’avons pas une relation proportionnelle à ce qu’ils nous ont donné. Nos chevaux, surtout en compétition, sont exploités. Ils mériteraient mieux aujourd’hui. De plus, à mes yeux, esthétiquement, c’est un des plus beaux animaux. »
L’amour de Derib pour la nature ne se limite pas aux chevaux ou aux animaux. Même s’il est ému de voir un oiseau ou un chat se livrer à « leur petit boulot d’oiseau ou de chat, malgré les orages, malgré tout ce qui peut venir entraver leur quotidien. Ce sont de grands exemples ».

La montagne fait également partie de ses lieux de prédilection. De l’âge de trois mois à quatre ans, il a vécu chaque été au-dessus de 2000 mètres. « J’ai des souvenirs de rochers et d’herbes desséchées, explique-t-il. Je me sens très bien au Glacier de Ferpècle. J’ai eu la Dent Blanche devant les yeux pendant quatre ans. C’est un peu ma montagne. Même si j’aime le lac et le Gramont, je suis moins touché par l’environnement d’un jardin que par celui de la montagne. Là-haut, un endroit a été baptisé le Petit Paradis. Lorsque mon père était encore en vie, nous y allions au moins trois mois par an, en famille. A présent, nous y retournons régulièrement, mais pour une journée seulement. »

A travers le dessin, Derib entraîne les lecteurs à travers des aventures toujours imprégnées de nature sauvage ou complice.
Et il le reconnaît volontiers: son métier est révélateur de la personne qu’il est vraiment…

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( 22 novembre, 2009 )

Léonard Gianadda et son merveilleux Jardin des Arts

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Il existe des hommes que l’on admire plus que d’autres. Dans mon panthéon à moi, il y a Léonard Gianadda. C’est grâce à lui que le Valais et la ville de Martigny (CH) en particulier disposent d’une rayonnance culturelle particulière. Depuis qu’il a ouvert la Fondation Gianadda, les expositions des peintres les plus prestigieux s’y sont succédées. Où que l’on aille dans le monde, les proches de l’Art connaissent la Fondation et saluent unanimement sa valeur. Il a fallu un courage et une ténacité prodigieux à Léonard Gianadda pour arriver à ce résultat. Il en a la dimension: sa forte personnalité lumineuse et explosive, et la passion qui l’anime sont deux de ses atouts majeurs.
Le parc qui entoure les lieux possède forces. Ses arbres, ses sculptures et la passion protectrice de l’homme qui l’a conçu. Visite au cœur d’un univers hors du temps.

« Ce jardin, c’est ma danseuse, mon dada! »
Léonard Gianadda, prestigieux créateur de la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny n’aime pas donner d’interviews, disait-il lorsque je l’ai rencontré. Sauf pour parler du jardin de sculptures qui entoure le musée. Au milieu de ses arbres et de ses œuvres d’art, il est heureux. Tout simplement.

Pour les fidèles des lieux, la visite du parc est un rituel immuable. Après avoir découvert, à l’intérieur de la Fondation, les œuvres accrochées lors des expositions temporaires, ils terminent la visite par une promenade dans le parc, où des sculptures de Rodin, César, Segal, Dubuffet et bien d’autres se partagent la vedette avec les arbres du jardin.
Celui-ci est né en 1982, du désir de son propriétaire. « La plupart des musées suisse se trouvent au cœur des villes, et ne disposent pas de parc, observe Léonard Gianadda. Comme la Fondation ne possède pas de collections de peinture permanente, j’ai pensé que je pouvais apporter un atout supplémentaire en créant ce jardin de sculptures. »
Chose dite, chose faite. N’étant pas homme à confier à d’autres le soin de réaliser ses projets, il en dessine les plans, fait tracer à la chaux les limites des parterres, des chemins et des plans d’eau. Puis il grimpe sur la route du col des Planches surplombant les lieux et fait corriger, par téléphone, les traits indiqués, afin d’en peaufiner l’harmonie. Il fait amener de la terre pour modeler le terrain comme il le souhaite. Ses efforts aboutissent à la création d’un univers épousant parfaitement le relief de la région. Et dégageant une sensation de douceur et de bien-être à laquelle aucun visiteur n’est insensible.

Mariage entre art et nature
Pour le maître des lieux, le défi est simple. Il est impossible de monter une exposition avec dix tableaux. Mais il peut concevoir un parc séduisant avec le même nombre de sculptures.
Dès que sa décision est prise, il arrête d’acheter des toiles pour sa collection personnelle, leur préférant la sculpture dont il souhaite faire profiter le plus grand nombre. Ce qui lui permet de reconnaître avec satisfaction que « notre parc est aujourd’hui représentatif de la sculpture mondiale du 20 XXe. Il acquiert des œuvres de sculpteurs du monde entier. Et je prétends qu’il est le plus beau de Suisse tout en figurant parmi les principaux d’Europe. » Léonard Gianadda ne s’encombre pas de fausse modestie. Il aurait d’ailleurs tort de le faire. Le parc est réellement un endroit particulier, serein et porteur d’émotions dues au mariage des arbres et des œuvres exposées.

Les 7000 m2, construction comprise, dont il disposait au départ, ont augmenté au fil des années. Aujourd’hui, est quatre fois plus importante, et comprend le parking. Tout n’a pourtant pas été facile. Léonard Gianadda reconnaît que « les arbres mettent trois ou quatre ans à ne pas crever! Puis ils réfléchissent encore quelques années pour savoir s’ils vont pousser. C’est très long. Ils hésitent… »

Poésie sous un saule
Découvrir ou redécouvrir le parc au côté de son créateur est un régal. Du verger de départ qui habitait ici autrefois, il ne reste deux poiriers, trois cerisiers et une douzaine d’abricotiers. Les autres arbres, trop anciens, ont péri de leur belle mort. Mais les abricotiers restants donnent des fruits au goût de miel, gorgés de soleil. En passant, le maître des lieux secoue un arbre, en fait tomber des abricots qu’il fait goûter et déguste lui-même avec un visible contentement. Plus loin, il montre le saule pleureur qui caresse le « Sein » de César, offrant un tableau vivant, troublant de poésie. Cèdres, magnolias, épicéas, érable du Japon, pin parasol, figuiers, tilleuls… les arbres sont ici tellement beaux que l’on ne sait plus qui des œuvres ou des végétaux servent d’écrin aux autres.
Trois points d’eau apportent une note de fraîcheur très appréciée des visiteurs comme des canards. Même si le renard et la fouine les guettent d’un œil gourmand. Les colverts, mandarins et autres plongeurs restent fidèles à ce havre de paix sur lequel veille la blanche « Femme avec des lunettes de soleil, sur un banc public » de George Segal. Les sculptures sont fondues dans le paysage, rendant parfaitement naturelle la présence des « Moutons transhumants » de François Lalanne ou des « Baigneurs » de Niki de Saint-Phalle.
Dans cet endroit magique, l’Art fusionne avec la nature, apportant une vague de bien-être à ceux qui en profitent. Et ils sont nombreux. Tous les soirs durant l’été, le parc est ouvert gratuitement par beau temps. Car le mécène a beau avoir la réputation de posséder un caractère bouillonnant, c’est aussi et surtout un homme généreux, qui aime faire partager ses passions. Son humour et son indépendance d’esprit se révèlent d’ailleurs à travers des détails insolites. Ici, les pancartes indiquent qu’il est permis de marcher sur les pelouses. Contrairement à partout ailleurs.

Martine Bernier

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