( 12 mars, 2010 )

« Rebondir » du docteur Daniel Dufour: une autre vision de la santé

imgphotoddufour04.jpg

Lire et présenter des livres de toutes sortes est une facette de mon travail.
Des dizaines d’entre eux me passent entre les mains chaque mois.
Avec parmi eux, quelquefois, un ouvrage marquant.
C’est le cas de celui du docteur suisse Daniel Dufour: « Rebondir. Une approche créative pour surmonter les obstacles ».
Ce livre concerne et intéresse chacun d’entre nous, parce qu’il nous parle de nous, de notre santé, de nos émotions.
Il diffuse un message particulier: nous possédons tous les clés pour nous maintenir en bonne santé et pour nous relever après avoir vécu une grande crise.
Ce médecin totalement hors normes, qui a longtemps été chirurgien de guerre, nous propose dans ce passionnant ouvrage d’utiliser les outils essentiels à notre santé. Des outils qui passent par le respect de nos émotions, le savoir inné et la pensée créatrice.
Interview.

- Vous avez un parcours un peu atypique…
Il est un peu bizarre, oui. Dès l’âge de 7 ans, j’ai su que je voulais être médecin, et je n’ai jamais dévié de cette idée, même s’il n’y avait jamais eu aucun docteur dans ma famille auparavant. J’ai suivi mes études à Genève. Elles m’ont déçu, car je n’aime pas beaucoup la théorie. Mais dès que je me suis retrouvé devant des patients, j’ai compris que c’était bien ce que je souhaitais faire.
Un jour, je suis parti  en Rhodésie, qui s’appelle aujourd’hui de Zimbabwe, pour rendre visite à un ami. Là, j’ai rencontré la guerre. J’étais chirurgien orthopédique, j’ai décidé de rester. J’ai travaillé un an là-bas. Puis je suis rentré au CICR (Comité International de la Croix-Rouge), toujours comme chirurgien de guerre. J’ai vécu dans l’urgence pendant plusieurs années, au Liban, au Pakistan, dans tous ces pays en conflit. J’ai ensuite été coordinateur médical, toujours pour le CICR. Je passais du champ opératoire à un champ d’action plus large! J’ai fait des études de médecine tropicale à Londres, puis je suis rentré en Suisse et j’ai fait ce que je pensais ne jamais faire un jour: m’installer comme médecin généraliste, en 1987.

- Face à des patients présentant des problèmes d’Occidentaux protégés des situations de guerre, n’avez-vous ressenti aucune exaspération?
Non… Cette question m’a un jour été posée par une amie alors que je rentrais du Cambodge, travaillant pour l’Ordre de Malte qui lutte contre la lèpre. Je m’étais occupé de lépreux qui vivaient au fond de la jungle cambodgienne. Heureusement, je n’ai jamais fait ce lien, cette comparaison. La souffrance appartient à chaque personne. La misère est parfois beaucoup plus grande ici, avec des personnes qui meurent seules pendant la canicule sans que personne ne le remarque. Là-bas, les lépreux souffrent et sont retirés de la communauté. Mais leurs familles leur rendent visite, leur apportent à manger.

- Vous expliquez dans votre livre que chaque maladie est liée aux événements que nous vivons.
Oui, tout provient d’une émotion mal vécue, ou du fait que nous ne sommes pas dans le moment présent. Cela provoque différentes symptômes, un déficit d’immunité. Lorsque l’on vit dans le présent, on élimine les tensions. Ne restent que celles liées à l’éducation. Nous savons que si nous sommes tristes, il faut pleurer pour évacuer cette peine. Mais l’éducation nous empêche souvent de nous autoriser à exprimer la colère, la tristesse, la joie…

- Vous estimez que nous avons tous en nous les outils pour revenir à la santé. Une personne en pleine dépression a-t-elle elle aussi cette force en elle?

Oui, mais elle va avoir le sentiment d’être culpabilisée parce que je leur dis qu’elles ont en main les clés pour se soigner. On me le reproche souvent. Je dis aux gens: « vous êtes responsables de votre mal-être, mais aussi de votre bien-être. Je n’ai pas le pouvoir de guérir, mais vous l’avez. »
Nous devons utiliser nos outils. Le passé et le futur existent. Et, si l’on est très intelligent, on utilisera le passé pour mieux construire le futur. Mais la clé de tout est de vivre dans le présent, en exprimant ses émotions.

- Vous n’infantilisez pas vos patients, au contraire, vous les responsabilisez, apportant une vision très personnelle de la pratique de la médecine. Comment êtes-vous perçu par vos collèges?
Je pense qu’ils ont pour moi une douce indifférence ou un doux mépris! Je n’en suis pas dérangé: je ne cherche pas à convaincre. La médecine traverse actuellement une grande crise car de plus en plus de gens n’y croient plus. On maintient les médecins dans une notion de pouvoir absolu. De nombreux thérapeutes font d’ailleurs la même chose: ils ont le pouvoir face à leurs patients qui sont des lilliputiens en face d’eux. Je ne suis pas d’accord avec cette façon de pratiquer la médecine. Pour moi, il s’agit d’accompagner les patients. Tout ce que j’ai appris, ce sont eux qui me l’ont enseigné. Ce terme d’accompagnement est essentiel pour moi.
Les gens sont prévenus de ce qui les attend quand ils viennent me voir. A mes yeux, il est très important d’avoir une approche globale de la personne. L’être humain n’est pas un estomac, un bras ou un coeur. C’est tout un ensemble, une multitude de composantes. Je connais bien la médecine « mécanique », que j’ai pratiquée dans l’urgence, et que je pratique toujours lorsqu’il le faut. Mais je sais aujourd’hui qu’il y a toujours une raison à une maladie ou à un accident.

- Vous allez plus loin… vous dites que, selon vous, on peut guérir chaque maladie, y compris le cancer.
Oui. Je me souviens de l’une de mes patientes qui avait un cancer de la peau. Elle se guérissait de ce cancer, et, un jour, a décidé qu’elle en avait assez et qu’elle voulait s’arrêter. Il faut aussi respecter la personne lorsqu’elle prend cette décision. L’important est d’accompagner la personne pour qu’elle vive ou meurt en paix.
Lorsque les gens viennent me voir et me disent « j’ai un cancer » ou « j’ai des sinusites à répétition », je leur demande: « Pourquoi avez-vous cela? ».
Souvent, ils me répondent. Une personne qui a un cancer évoquera tel ou tel événement qu’elle a traversé. Un événement porteur d’émotion qui n’a pas pu être vécu correctement.

- Vous pensez réellement que quelqu’un de déjà très atteint peut guérir grâce à la pensée créatrice, en s’ancrant dans le présent, en exprimant ses émotions?
Oui, je le crois. On peut toujours revenir en arrière. Je sais qu’il y a des sceptiques qui me diront que je vends de l’espoir alors qu’il n’y en a plus. Cette phrase à elle seule est terrible. Il y a toujours de l’espoir.

- Vous estimez que l’aptitude à rebondir dans la vie est une démarche très différente de la résilience. Pourquoi?
La résilience est l’adaptation de certaines personnes à leur milieu. Tout le monde n’en fait pas preuve. C’est une façon de réagir par rapport à la société, elle fait appel aux faculté d’adaptation et à ce que la société peut offrir.
L’aptitude à rebondir est le phénomène inverse. Chaque personne peut y arriver, et c’est en elle qu’elle va trouver les moyens de le faire.

Propos recueillis par Martine Bernier

- « Rebondir! Une approche créative pour surmonter les obstacles », Docteur Daniel Dufour Les Editions de l’Homme
- Le docteur Dufour donnera une conférence au MEDNAT, à Lausanne, le samedi 27 mars 2010 à 13h30
- Site Internet:http://www.oge.biz/fr/index.php

( 8 mars, 2010 )

Barnabé: une histoire de famille

images3.jpeg

Tout le monde ou presque connaît, en Suisse romande, le fameux Théâtre de Barnabé, à Servion, où de nombreux artistes devenus célèbres ont fait leurs premières armes. On en aime le clinquant, la fraîcheur et l’ambiance, mais, derrière cette atmosphère se cache une histoire de famille et la passion d’un homme, Jean-Claude Pasche, alias Barnabé. Meneur de Revue, amoureux d’opéra, il a voué sa vie au spectacle…

- Les bâtiments où est née l’histoire du Théâtre ne datent pas d’hier, et l’histoire de votre famille y est liée depuis fort longtemps...
D’après les premiers papiers, les premiers bâtiments datent de 1740. C’était l’ancienne auberge communale de Servion. Et les dépendances ont été construites vers 1840. Mon arrière-grand-père a acheté en 1865 dans le but d’y installer un restaurant doublé d’une exploitation agricole. Ce qu’il a fait.

- Avez-vous bien connu cette époque où les bâtiments de la famille n’avaient pas la même vocation que celle d’aujourd’hui?
Oui! J’ai travaillé jusqu’au début des année 1960 avec mon père sur l’exploitation agricole qui comptait quarante têtes de bétail. Vers 1963, les travaux pour la réfection de la route ont commencé, et l’exploitation a ensuité été arrêtée et déplacée plus loin. Les locaux de l’autre côté de la route ont été transformés. Le restaurant a été agrandi et doté de chambres pour pouvoir recoir la clientèle citadine qui découvrait la région.

- A l’époque déjà les lieux disposaient d’une salle de spectacle.
Tout à fait. Mon grand-père avait fait construire une première salle en 1920. Elle a servi à la commune, pour les soirées des sociétés locales. Et puis elle était l’une des étapes de la fameuse tournée du Père Chappi. Il passait dans les villages et diffusait les films de l’époque. La salle du grand-père a été rouverte en 1965.
- Quand le théâtre a-t-il commencé à accueillir un public plus large?
En mai 1965, nous avons décidé de fêter le centième anniversaire de l’acquisition des locaux par une fête qui a eu pas mal de succès. Nous avons renouvelé l’expérience l’année suivante avec la Fête du Printemps.

- Mais le déclencheur a été votre rencontre avec Jacques Béranger?
Oui. C’était l’ancien directeur du Théâtre municipal de Lausanne. Et il s’ennuyait un peu de sa Revue, qu’il avait reprise en 1936, et qui était devenue le grand événement culturelle de Suisse Romande. Elle avait un succès fou, était jouée cent fois. En 1967, il a installé sa Revue à Servion, et c’est là que l’aventure a réllement commencé.

- Est-il exact qu’à l’époque, votre théâtre est devenu le tremplin de beaucoup d’artistes devenus célèbres par la suite?
Absolument. Bernard Haller, Marie-Thérèse Porchet, pour ne citer qu’eux, ont fait leurs premières armes chez nous, comme beaucoup d’autres comédiens.

- Quand a été construit le théâtre tel qu’on le connaît aujourd’hui ?
La décision de le construire a été prise en 1977. J’en ai parlé à mon père, et nous sommes partis ensemble exposer le projet aux banquiers. Pendant les trois ans qu’ont duré les travaux, nous sommes partis avec la Revue sur les route de Suisse Romande. En 1980, nous avons inauguré le nouveau théâtre de 500 places… Ca a été un bonheur absolu, nous avons vécu dix années d’euphorie.

- Mais en 1994, c’est l’incendie…

Nous étions en réparation. Un ouvrier chargé de changer une vanne ne l’avait pas fait. Quand le feu s’est déclenché, sur la scène, il n’y avait pas une goutte d’eau dans la maison. Il y a eu pour trois millions de dégâts. Toute la tour de scène était inutilisable. Ca a été un coup dur…

- Vous avez reconstruit, et aujourd’hui, contre vents et marées, le Théâtre de Barnabé, devenu une véritable institution par-delà les frontières du canton, propose un programme toujours plus riche...
Avec Emmanuel Samatini, le nouveau directeur artistique, nous nous efforçons de proposer un programme varié et de qualité. Avec quelques dates importantes à l’horizon: en 2014 nous fêterons la 50e saison, en 2015 les 50 ans de l’aventure et en 2016 la 50e Revue.

Propos recueillis par Martine Bernier

Théâtre Barnabé, Route Cantonale 1077 Servion
Tél: +41 21 903 0 90

http://www.barnabe.ch/

( 6 mars, 2010 )

Don d’organes: les donneurs de vie…

Cette nuit, j’ai rempli un document.
Ce document, n’importe lequel d’entre nous peut l’obtenir.
Il s’agit de la carte de donneur d’organes.
Je l’ai toujours eue sur moi, mais j’avais égaré la dernière.

En Suisse, ces cartes se trouvent dans la plupart des pharmacies, droguerie, cabinets médicaux, hôpitaux ou sur internet (voir ci-dessous pour la France, la Belgique et le Canada).

Je ne vais pas faire ici de plaidoyer pour le don d’organes.
Je voudrais juste évoquer deux visages et des faits qui me marquent.

Cet automne, j’ai rencontré Florian (j’espère qu’il ne m’en voudra pas d’utiliser son prénom), que je devais interviewer comme ses collègues dans le cadre d’un travail.
Grand homme très doux, pétri de gentillesse, il a un vocabulaire choisi, une capacité d’attention prononcée, un courage paisible avec une lueur d’angoisse au fond des yeux, qu’il cache de son mieux.
Cadre, il est attentif aux autres, soucieux de leur sécurité, de leurs bonnes conditions de travail.
Il semble aimer les autres, et ses collègues le lui rendent bien: tous ceux qui m’ont parlé de lui l’ont fait avec tendresse.
Lorsque je l’ai rencontré, il était relié à une bouteille d’oxygène qu’il emmenait partout avec lui.
L’oxygène palliait l’insuffisance respiratoire dont il souffre, et qui, m’a-t-il expliqué, s’aggrave depuis plusieurs mois au point de lui interdire de travailler, de vivre normalement.
Il était alors en attente d’une greffe de poumons.
Mais les personnes dans son cas sont nombreuses et les donneurs trop rares.
Il avait beau être en tête de liste, il ne voyait rien venir…
J’ai pris de ses nouvelles aujourd’hui.
Sa capacité respiratoire a encore diminué.
Après 15 mois, il patiente toujours, ne se plaint pas, va jusqu’à prendre des nouvelles de ma chienne Scotty qu’il avait rencontrée en automne et dont il ignorait le décès.
D’un altruisme émouvant, toujours à s’inquiéter des autres, Florian force la sympathie.
Il donne sans le savoir une magistrale leçon de courage et de dignité souriante…

Et puis il y a ce jeune garçon lumineux, Alex, dont j’ai déjà parlé ici.
La greffe de rein dont il a bénéficié l’été passé lui a permis de reprendre une vie aujourd’hui quasi normale.
Pour lui comme pour sa famille, cet organe a été une bénédiction, une renaissance…

Combien d’autres sont en souffrance, derrière ces deux exemples qui me touchent?
Derrière chaque nom sur une liste se cache une histoire…

En Suisse, sur sa carte, le donneur potentiel peut choisir quels organes il veut offrir.
Il peut aussi accepter le prélèvement de tout organe, tissu ou cellule.
Le propriétaire de la carte peut également tout refuser et se faire inscrire sur le registre des refus.
La législation est stricte en matière de prélèvement d’organes.
En Suisse, les transplantations les plus nombreuses sont celles des reins, du foie, du coeur, des poumons, du pancréas (îlots) et de l’intestin grêle.
La transplantation tissulaire la plus fréquente est celle de la cornée.
Concernant les cellules, ce sont les greffes de cellules souches du sang qui se font le plus couramment.

J’aime cette notion d’offrir ce qui n’a plus d’avenir pour garantir un futur à quelqu’un d’autre….
Un ultime don de soi, un ultime acte d’humanité.

Martine Bernier

Pour la Suisse: www.transplantinfo.ch
Pour la France:www.france-adot.org/
Pour la Belgique:www.wallonie.be/fr/citoyens/sante-prevention-et-securite/dons-d-organes-et-de-sang/index.html
Pour le Canada:www.acdo.ca/fr/

|