( 29 juin, 2010 )

Jacques Perrin: Le gentleman oenophile

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En Suisse comme à l’étranger, Jacques Perrin est devenu en 25 ans une sommité dans le monde du vin et de la gastronomie. Négociant à la tête de Cave SA, à Gland, cet oenophile raffiné, toujours en quête de découvertes a un parcours de vie à l’image de sa personnalité: étonnamment riche. Né à Sierre (VS), il a toujours su qu’il étudierait la philosophie et la littérature: « A douze ans, avec un petit groupe d’amis, nous lisions Rimbaud, à l’internat de St Maurice. C’était un moyen de nous évader. J’ai ensuite suivi mes études. De là à imaginer que j’enseignerais pendant dix ans, ce n’était pas vraiment ma perspective. J’avais une autre passion à cette époque, la musique rock. J’aurais voulu devenir le Rimbaud des scènes! Mais j’étais sans doute trop conventionnel pour sortir du rang… »

De la philo au vin

A la fin de ses études, il devient le plus jeune professeur de philosophie du Collège Voltaire de Genève.
Tout en enseignant, il se lie d’amitié avec l’écrivain belge Benoît Peeters et entre, grâce à lui, dans l’univers de la gastronomie. « Pour gagner sa vie, il réalisait des repas pour les maisons bourgeoises de Bruxelles. J’ai vu ses livres de cuisine, recopié des recettes et, très vite, j’ai eu envie de m’intéresser au vin. J’ai acheté quelques bouteilles de Bordeaux, je me suis instruit et c’est ainsi que tout a commencé. »
Un petit stage chez le grand cuisinier Frédy Girardet manque de dérouter Jacques Perrin qui songe alors à « se lancer en cuisine comme on rentre dans un monastère ». Mais conscient de l’exigence et de la dureté du métier, et peu désireux de devoir y sacrifier ses passions pour le vin, la littérature ou la philosophie, il préfère s’abstenir.

De l’apprentissage à la reconnaissance

En 1984, avec des amis rencontrés lors d’un cours à Changins où il suit un petit cursus de négociant en vin, il décide d’ouvrir le premier bar à vin de Genève, « Le Ballon Rouge », ainsi qu’un club d’amateurs, le CAVE. Deux ans plus tard le bar ferme ses portes, mais, au fil du temps, le club se crée une réputation. « C’était difficile au départ, car je n’étais pas connu. J’ai rencontré le plus de vignerons possible, goûté un maximum de vins, consacrais toutes mes vacances au sujet en découvrant les vignobles du Languedoc, de l’Italie ou du Jura: j’étais un véritable stakhanoviste du vin! En 1987 je me suis lancé sans filet. J’ai arrêté d’enseigner pour ne plus me consacrer qu’à mon entreprise. Tout était à inventer… »
La suite est connue… Négociant et dégustateur respecté à travers le monde, créateur de cours d’œnologie, Jacques Perrin est devenu une référence internationale. Membre permanent du Grand Jury Européen, qui se veut « une alternative sur la cotation des grands vins du monde », il a reçu en 2008 le Grand Prix de la presse du vin, référence suprême dans la profession.
En 2006, cet amoureux de montagne est victime d’un grave accident lors d’une ascension. Dans un livre à la fois pudique et puissant, « Dits du Gisant » , il a écrit le récit poignant des mois qui ont suivi. L’écriture est une autre facette de son talent. Ce livre ne sera pas la dernier. Jacques Perrin fourmille de projets et de rêves dans lesquels l’écriture tient une place importante. Avec sa soif de connaissances, son élégance et ce regard d’une profondeur insondable, cet homme est de ceux qui marquent ceux qui le rencontrent.

Martine Bernier

L’entièreté de cet article est à retrouver sur le numéro de l’hebdomadaire « Terre et Nature » du 24 juin 2010

( 19 juin, 2010 )

Le mystère des pierres qui bougent

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Dans la boue du désert de la Vallée de la mort, au beau milieu de ce lac asséché formant un paysage lunaire, d’étranges pierres mettent en émoi le monde scientifique depuis longtemps.
Leur particularité? Elles sont mobiles.
Ces pierres, qui pèsent parfois des centaines de kilos, peuvent parcourir des kilomètres en un élan, dit-on.
Les théories avancées par les experts pour expliquer ce phénomène ne sont pas convaincantes pour le moment, ou du moins ne le sont-elles pas aux yeux de tous.
Certains suggèrent que les pierres avancent grâce à la combinaison de vents violents à la surface glacée.
Mais dans ce cas, comment expliquer que plusieurs roches commencent à se déplacer côte à côte, pour ensuite aller à des vitesses et dans des directions différentes?

L’endroit s’appelle « The Racetrak ». « La piste de course »…
Personne n’a jamais été le témoin direct de l’avancement des pierres qui ne bougent que lorsqu’elles sont hors des regards indiscrets.
Isolé du monde, le site, qui se présente comme une surface plane, a été équipé de capteurs, et les pierres de balises GPS pour suivre leurs mouvements à distance.
Et le procédé a fonctionné: les déplacements des pierres ont bel et bien été enregistrés.
Après étude, l’explication apportée confirme l’hypothèse précédente. Les tempêtes d’hiver et les orages d’été inondent une partie du Racetrack. Une fine couche de terre se transforme alors en une boue très glissante et les vents, qui peuvent souffler à 150 kilomètres heures dans la région, poussent les pierres. Une fois « détachées », il suffit d’un vent d’intensité deux fois inférieure pour maintenir le mouvement.

Il reste encore des sceptiques pour estimer que les calculs en physique ne corroborent pas vraiment cette théorie, affirmant qu’il faudrait des vents de plusieurs centaines de km à l’heure pour déplacer certaines de ces pierres.

La polémique scientifique se poursuit, donc.
Et les pierres s’en moquent.
Elles, elles continuent à arpenter leur lac asséché sans rien demander à personne…

Martine Bernier

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( 14 juin, 2010 )

Les Pleurants de Dijon en voyage

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Les Pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne sont des statues funéraires sublimes et délicates, oeuvres majeures de la fin du Moyen Age.
En ce moment, alors que la planète peste contre les pénibles et continuels bourdonnements qui accompagnent chaque match de la Coupe du Monde de football (les supporters s’en souviendront, des vuvuzellas, ces longues trompettes des tribunes locales donnant l’impression d’avoir un essaim d’abeilles dans la maison…), les trente-neuf Pleurants, eux, voyagent discrètement.
Ils voyagent même loin, puisqu’ils sont partis aux Etats-Unis dans le cadre du réseau Frame d’échanges entre les musées français et américains.

Dix-neuf étapes composent leur périple américain, et, à chacune d’elles, les statues sont rejointes par la quarantième figurine conservée au Cleveland Museum of Art.
Le succès de ces personnages de pierres est tel que le National Gallery fort Art de Washington aimerait les accueillir pendant trois semaines.
Ce serait une nouvelle consécration, mais le maire de Dijon, François Rebsamen, n’a pas encore rendu sa réponse.
Il souhaiterait, explique l’Express, que ces oeuvres fassent escale à Berlin à leur retour en Europe, rejoints par les pleurants restés en France.
Ensuite, en mars 2012, ils feront officiellement leur entrée en grande pompe dans le musée des Beaux-Arts de la ville, actuellement en rénovation mais toujours ouvert au public.

A ceux qui se demandent pourquoi des statuettes de la fin du Moyen Age connaissent un tel succès, on ne peut que leur conseiller d’aller les voir.
J’ai chez moi la copie de l’un de ces pleurants, celle du moine blanc.
Ces statues sont poignantes.
Elles sont d’une beauté mystérieuse et profonde, réalisées avec un talent fou par des artistes d’autrefois qui maîtrisaient à la perfection l’art d’imprégner leurs personnages de sentiments bouleversants pour ceux qui les regardent.

Ces Pleurants, que l’on ne peut admirer que très exceptionnellement sous tous les angles, comme en ce moment aux Etats-Unis, sont devenus des ambassadeurs de l’Art à travers le monde.

Martine Bernier

( 6 juin, 2010 )

Léonard de Vinci: le tableau revenu du passé

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En 2008, Nicola Barbatelli, historien médiéviste, découvre un tableau de 60 sur 44 cm, dans une collection privée de Salerne.
Très vite, il pressent que l’homme d’une quarantaine d’années qui y figure pourrait bien être l’autoportrait de Lénonard de Vincy.
Les cheveux longs et la barbe démesurée, il porte un chapeau noir surmonté d’une plume blanche.

Dès que la nouvelle est connue, le monde de l’art italien part en ébullition.
Vittorio Sgarbi, célèbre écrivain, homme politique et critique d’art estime que ce tableau est un faux peint au XIXe siècle.
Mais Barbatelli insiste.
Il y a trop de similitudes entre l’oeuvre et un portrait du Maître conservé à la Galerie des Offices de Florence pour qu’il mette son authenticité en doute.

Le tableau est donc confié à des experts chargés de l’analyser avec toutes les précautions voulues.
Le portrait subira la détermination de l’essence de bois, la datation au carbone 14, une analyse céphalométrique du visage, une radiographie et l’analyse chimique des pigments.

Les résultats sont tombés en mai 2010: il s’agit bien d’un tableau de Léonard de Vinci.
L’étude graphique de l’inscription « Mea pinxit » (peint par moi) inversée comme le faisait le Florentin, et placée au dos du tableau, a révélé que l’écriture correspondait bien à celle du peintre.
De plus, deux empreintes digitales comparées (l’une présente sur le portrait, l’autre sur un autre tableau de l’artiste) indiquent bien une concordance indiscutable.

Cette découverte est seulement le deuxième autoportrait de Léonard de Vincy, l’autre étant la célébrissime sanguine conservée à Turin.

Et savez-vous quel détail il nous livre sur celui qui fut l’un des plus grands génies de tous les temps?
Il avait les yeux bleus…

Martine Bernier

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