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( 24 juillet, 2010 )

« La manipulation affective dans le couple: faire face à un pervers narcissique. » Interview des auteurs

Toute femme ayant vu sa vie brisée par un homme pervers narcissique sait qu’il lui faudra des années pour se reconstruire…. si elle arrive à se relever un jour.
L’infinie détresse engendrée par le comportement de ces personnages est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions, à travers des décisions politiques essentielles et une loi novatrice adoptée en France en ce mois de juillet.
Un excellent livre ajoute une pierre majeure à cet édifice.
« La manipulation affective dans le couple. Faire face à un pervers narcissique » est sorti en février 2010 et a déjà été réimprimé quatre fois.
C’est dire l’importance de cet ouvrage dont les auteurs, Pascale Chapaux-Moreli et Pascal Couderc, font salle comble dès qu’ils donnent des conférences à travers l’Europe.
Tous deux ont accepté une interview dont voici la teneur.

- Pourriez-vous vous situer afin de préciser à quels titres vous vous êtes lancés dans l’écriture de ce livre?
Pascale Chapaux-Morelli: je suis présidente de l’Association d’aide aux victimes de violences psychologiques, et Pascal est psychanalyste, psychologue-clinicien et spécialiste des addictions.

- Vous expliquez que les victimes de pervers narcissiques sont des femmes, pour la quasi totalité. Comment expliquez-vous ce phénomène?
Pascal Couderc: Quelques rares hommes, dans les conférences que nous avons données ont pris la parole pour présenter leur situation qui ressemblait beaucoup à celles que peuvent subir les femmes, mais ils sont rares. Comment expliquer que ces pathologies soient masculines? Historiquement, les hommes ont toujours possédé le pouvoir. Mais cette situation évolue au niveau institutionnel. L’homme doit donc avoir recours à d’autres stratégies pour reprendre ce pouvoir qui lui échappe. Je reçois presque uniquement des femmes dans le cadre de mon travail. La souffrance féminine est énorme. Cela ne veut pas dire qu’aucun homme ne souffre dans son couple. Mais en général, les hommes conservent un petit terrain secret où ils se réfugient pour éviter la souffrance extrême. Ceci dit, leur malaise ne doit être ni nié ni méconnu.

- Y a-t-il des signes permettant de reconnaître un pervers narcissique avant qu’il ait eu le temps de ruiner votre vie?
P.C.: Oui. Au départ tout est idyllique. Systématiquement, les femmes disent « c’était parfait, sauf… » Car il y a toujours un petit quelque chose de dissonant. Il existe une connaissance inconsciente que quelque chose ne va pas. Au début de l’histoire, on l’occulte. Puis, malgré l’état amoureux, certains détails interpellent.
Lorsque l’un des partenaires change subtilement la vie de l’autre, impose à l’autre sa façon de vivre, ses décisions, ses choix, finit par faire douter sa partenaire, lui fait perdre son estime d’elle-même, nous sommes en présence d’un pervers narcissique. Au final, votre vie a totalement changée. Si vous êtes devenue dépendante de l’autre à tout point de vue, qu’il en est arrivé à vous faire douter totalement de vous, il faut consulter.

- Vous soulignez, dans votre livre, que le pervers narcissique a un talent particulier: celui de renverser les rôles et de faire passer la femme pour responsable tout en se faisant passer, lui, pour une victime. Vous écrivez notamment:  » Il lui est nécessaire de maîtriser son environnement pour le rendre conforme à sa pensée ».
P. C-M.: On se retrouve ici dans le même schéma que pour celui des femmes battues. La violence psychologique est beaucoup plus subtile, plus perfide. La première fois que je reçois une femme qui en est victime, elle me dit toujours la même chose: « Je voudrais comprendre ce que j’ai pu faire pour déclencher cela…. » Elle se croit responsables alors que c’est le partenaire qui l’est.

- Un pervers narcissique ressent-il de la culpabilité lorsqu’il a détruit une vie?
P.C.: Non, jamais. Ni culpabilité, ni souffrance, ni remords. Il niera la souffrance de sa partenaire, lui dira qu’elle se fait passer pour une victime. En revanche, il mettra en scène sa propre pseudo douleur, mais de manière froide. De plus, ce genre d’hommes sont de très mauvais perdants, très procéduriers. C’est un type d’hommes en général très intelligents. Ils ont le plus souvent une bonne situation, des capacités intellectuelles importantes, sont brillants. Plus ils sont intelligents plus ils sont redoutables. Ces hommes ne consultent pas. Ils manipulent tout le monde, y compris les thérapeutes. Face à eux, il faut des professionnels chevronnés.

- Un tel homme peut-il changer?
P.C.: Non. Il changera de partenaire, mais pas de pathologie. Ce n’est pas quelqu’un qui se remet en question.
Nous faisons face ici à deux pathologies associées: une structure perverse et une pathologie narcissique. La femme souffre d’un manque d’amour d’elle-même. Lui aussi est en manque, mais, contrairement à elle, il ne souffre pas. Il prend chez l’autre ce dont il a besoin, se nourrit de l’autre avant de passer à autre chose. Ces hommes s’aiment avec vanité, ils s’expriment à travers la vanité.

- Vous notez d’ailleurs dans le livre « Il n’a rien. Ni la souffrance, ni le souvenir de la souffrance, ni la substance. » Que peut faire une femme face à un tel partenaire?
P.C.: Etre vigilante, et, si elle le peut, partir dès qu’elle sent que quelque chose n’est pas normal. Lorsque le mal est fait, ce sont des femmes brisées que nous recevons en thérapie, souvent au bord du suicide. Il faut très longtemps pour qu’elles se reconstruisent.
P.C.-M.: Ce problème est pris de plus en plus au sérieux. Davantage d’informations circulent sur le sujet. Et désormais, en France, on peut s’appuyer sur une grande avancée politique. La loi du 10 juillet 2010 a été votée et le décret d’application interviendra d’ici l’automne. Cette loi concerne la violence psychologique. Elle a créé le délit de violence psychologique qui a servi de base aux femmes pour qualifier et reconnaître ce qu’elles vivent. Les hommes reconnus coupables encourront les mêmes peines que ceux responsables de violences physiques. Elles pourront aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 75’000 euros d’amende. La France fait ainsi partie des pays européens pionniers en la matière.

Martine Bernier

Site: www.violencespsychologiques.com »
« La manipulation affective dans le couple. Faire face à un pervers narcissique », Pascale Chapaux-Moreli et Pascal Couderc, Editions Albin Michel.

( 22 juillet, 2010 )

Malte: île à jamais sacrée…

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Au niveau de la visite historique, Malte est, parmi les lieux que j’ai visités, celui qui m’a le plus marquée avec, sans doute, Samarcande.
Le Musée archéologique de Malte l’affirme en grosses lettres: l’archipel maltais abrite, avec les sites d’Hagar Qim, de Mnajdra et de Ggantija, les plus anciens édifices de pierre du monde.
L’ère de ces temples mégalithiques, entre 4250 et 2500 avant Jésus-Christ, situerait la civilisation maltaise bien avant la civilisation Egyptienne ou la création de Stonehenge.
Des dates encore en dessous de la réalité, estiment les médias locaux.
Selon eux, ces périodes indiquées par le musée seraient fausses. Les temples maltais auraient plus de 15’000 ans.
L’un d’entre eux, récemment découvert sous la mer, en serait la preuve. Il aurait été construit avant que les eaux de la Méditerranée n’aient monté de 60 mètres, à cette époque lointaine.
Loin de ces débats archéologiques, la population de Malte et Gozo maintient tout naturellement la réputation de l’île.
Avec les trente-cinq temples et cent cinquante lieux saint découverts, et ceux vraisemblablement encore enfouis, Malte est considéré comme une île sacrée.
A-t-elle été, comme le pensent certains, un lieu de pèlerinage comme le sont aujourd’hui Rome ou la Mecque?
Difficile à affirmer.
Mais les Maltais, en matière de spiritualité, semblent ne rien avoir à envier à leurs ancêtres.
Avec 365 églises, neuf en construction, deux cathédrales et 400 chapelles pour 345’000 habitants, uniquement sur l’île principale, ils perpétuent une tradition bien ancrée. Gozo, la verdoyante petite sœur, dite « Île de Calypso », n’est pas en reste, disposant d’une cathédrale et de 65 églises pour à peine 30’000 habitants.
Profondément catholiques, les maltais pratiquent leur religion avec ardeur. Le dimanche, les églises sont pleines à craquer. Les préceptes dictés par le pape sont ici suivis avec fidélité.
Si les cathédrales maltaises offrent une profusion de richesse, les églises paroissiales illustrent davantage les goûts de la population.
Celle-ci ne se fait pas prier pour financer largement ses lieux de cultes.
Pour la peine, les édifices sont représentatifs des particularités de l’endroit.
Ainsi, sur l’église du port de Marsaxlokk, une Vierge aux bras ouverts trône dans une barque, protégeant symboliquement les pêcheurs.
Ces derniers continuent d’ailleurs à peindre sur la proue de leurs barques les « Yeux d’Osiris », destinés à chasser le mauvais sort lors de leurs sorties en mer.
Hommes ou femmes, jeunes ou vieux, les fidèles n’ont aucun complexe à afficher leur foi.
Ce qui ne les empêche pas pour autant d’être de bons vivants, appréciant la fête, les feux d’artifices (trente fabriques ont été construites sur l’île, afin de satisfaire le goût immodéré des habitants pour les fusées lumineuses) et la bonne chair.
Fiers mais peu dupes du passé de leur île, beaucoup se disent descendants des Chevaliers de Malte… dont l’un des quatre vœux étaient pourtant celui de chasteté!

Martine Bernier

Malte côté pratique

- Carrefour de la Méditerranée, la République de Malte se trouve à mi-chemin entre Gibraltar et Port Saïd, entre la Sicile et l’Afrique du nord.
- L’archipel maltais est composé de trois îles: Malte, Gozo et Comino ainsi que d’affleurements rocheux sauvages, peuplés de lézards et d’oiseaux migrateurs.
- Les deux langues officielle sont le maltais et l’anglais.
- Se déplacer en voiture à Malte est une expérience… déroutante. La conduite s’y fait à gauche, comme il se doit dans cette ancienne colonie britannique. Mais en dehors de cette règle de base, le code la route n’est que très succinctement respecté.

A ne pas manquer

Malte est une île surconstruite. Mais sa richesse historique est indéniable. Plusieurs de ses sites sont classés patrimoine mondial par l’Unesco.
A découvrir:
- La Valette, actuelle capitale de l’île, a été construite par les chevaliers. Incontournables: le Palais des Grands Maîtres, le Musée national d’archéologie, et la cathédrale St Jean.
- L’Hypogée de Hal Saflieni: temple mégalithique souterrain unique au monde où seuls dix visiteurs par heure peuvent s’engager.
- Mdina, cité médiévale fortifiée, ancienne capitale de Malte.
- Les temples mégalithiques, plus anciens que les pyramides.
- La baie de Marsaxlokk et ses bateaux de pêche traditionnels, colorés et porteurs du « regard d’Osiris ».
- Gozo, l’île de Calypso est un lieu verdoyant. A voir: la Fenêtre d’Azur, arc en pierre sculpté par la nature, au Dwejra Point.
- Comino est la plus petite des trois îles. Elle ne compte que quatre résidents permanents et un hôtel, destiné aux amateurs de sports nautiques.

( 4 juillet, 2010 )

Christophe Abbet: L’alchimiste de l’Ambre

A Martigny (VS) Christophe Abbet a acquis ses lettres de noblesse jusqu’à devenir l’un des grands noms du vin suisse. Chaleureux, sagace et naturel comme l’est son vin, il s’attache à conserver une dimension artisanale à sa production, dont le raisin mûrit au soleil de Fully.

On dit de lui que c’est un artiste du vin, un maître incontesté, le « Sorcier de Martigny ». Christophe Abbet est avant tout un personnage attachant et subtil. Son parcours dans le monde du vin est atypique. Contrairement à beaucoup de ses pairs, il n’a pas repris un domaine familial. « Mon père était homme de loi, explique-t-il. Il avait un peu de vigne, pour le plaisir. J’ai choisi de devenir vigneron par élimination. Je savais ce que je ne voulais pas faire. J’aimais la nature, la forêt. Finalement, j’ai suivi des études pour être technicien en viticulture et œnologie, dans l’idée de travailler ensuite pour d’autres personnes. »
Son diplôme en poche, en 1987, le jeune homme est engagé sur différents domaines valaisans. L’un de ses employeurs le paie en raisins surmaturés, qu’il commence à vinifier. Ce vin liquoreux deviendra « L »Ambre », un joyaux aujourd’hui décliné en cinq millésimes, à la réputation mythique parmi les amateurs de grands crûs. Lorsque la personne qui lui fournit son raisin doit se séparer de sa vigne, Christophe Abbet rachète l’une d’elles pour pouvoir continuer à élever son Ambre, issue d’un assemblage d’Arvine et d’Ermitage. De fil en aiguille, il rachètera et louera d’autres parcelles, toutes sur Fully, et vinifiera dans les caves antiques de Martigny Bourg où il concentre son faisceau d’activités. Depuis un an, avec sa compagne Carine, il s’est installé dans une ancienne forge et le dit en souriant: il a enfin trouvé l’endroit où il se sent heureux et où ses flacons sont présentés dans de bonnes conditions.

Poésie dans le vin

Orfèvre de la vinification, cet artiste en son genre entretient avec ses vins une relation à la fois authentique et réfléchie. Christophe Abbet ne parle jamais pour ne rien dire. Mais lorsqu’il s’exprime, ce sont des mots teintés d’une poésie dénuée de naïveté qu’il utilise pour parler de la vie et des vins. Il explique qu’il souhaite que les siens soient « accessibles et entiers », à la fois sans compromis mais simples d’accès. Des vins qui lui ressemblent.
S’il est conscient des qualités de son travail, il reste d’une humilité parfaite, presque surpris d’être reconnus par ses pairs et les plus grands connaisseurs. Pour lui, réussir un bon vin demande un grand sens de l’écoute. Ecoute de la nature, du breuvage et de son évolution, des personnes qui le goûtent. « Chaque vin est une aventure. Il a une vie autonome, mais vous y projetez votre tempérament, vos humeurs, vos expériences. Je ne prends jamais de décisions trop rapides lorsque l’un d’eux ne me semble pas évoluer dans le bon sens. Il se peut que mon impression corresponde à mon humeur du moment. Donc j’attends. Et à la dégustation suivante, je réalise souvent que j’ai eu raison de ne pas me précipiter pour intervenir. »
C’est sans doute parce que c’est un bel humain que Christophe Abbet signe d’aussi beaux breuvages.

Martine Bernier

Si vous étiez:

- Un cépage: je serais à redécouvrir… La Durize par exemple, un vieux cépage rouge de Fully qui a une maturité si difficile à obtenir qu’il a aujourd’hui pratiquement disparu, mais qui, dans des conditions optimales donnait un vin magnifique.
- Un vin: celui que l’on a envie de boire.
- Un animal: un écureuil car il fait rêver les enfants.
- Une saison: l’automne car c’est là que tout se met en place…
- Un outil: une hache pour le tranchant.

Adresse
Christophe Abbet
Vigneron Eleveur
Rue des Fontaines 16
CP 2035 Martigny

(cet article est passé le 24 juin 2010 dans l’hebdomadaire Suisse « Terre et Nature »)

( 1 juillet, 2010 )

Mani: des mains d’artiste

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J’ai vu cette photo, et j’ai eu un coup de coeur.
Je venais de découvrir Mani, sculpteur de son état.
Il est très rare de rencontrer des oeuvres contemporaines à la fois belles et ne ressemblant à rien de ce qui a été fait jusqu’ici.
Pour ce visage, c’est le cas.

J’ai lu deux ou trois choses parlant de cet artiste né dans le nord est de la France, j’ai écouté quelqu’un m’en parler.
Ses premières découvertes du bois, Mani les a faites dans l’atelier de menuisier de son père.
Depuis, il n’a plus pu s’en détacher.
Etudes de sculpteur ornemaniste suivies d’années de pratique du métier auprès d’ébénistes… puis, un jour, il part faire un stage dans l’atelier d’un artiste sculpteur.
Celui-ci s’enthousiasme pour le travail de son élève, et l’encourage à persévérer.
C’est ce qui provoquera le déclic: Mani va désormais se consacrer entièrement à la création.
Depuis, ses œuvres sont exposées dans de nombreuses villes d’Europe, certaines ont fait l’objet de commandes publiques.

Son style a évolué au fil du temps, nous dit-on.
Elles sont passées du réalisme à la subtilité permettant simplement d’à peine soulever le voile…
Le poirier sauvage est devenu sa matière de prédilection.
Il en parle merveilleusement: e. « J’ai ouvert l’arbre-livre, je l’ai laissé me raconter ses histoires, j’y ai vu les miennes. Je laisse ma main et ma gouge effleurer ce bois-mémoire comme dans une sorte de jeu divinatoire, un colin-maillard dans un monde poétique et onirique où le flux ascensionnel de l’arbre serait le fil d’Ariane. »

Les mains de Mani sont habitées de ce miracle qui place les artistes dans une autre dimension, un peu au-dessus du commun des mortels.

Si vous habitez dans la région, non loin d’Evian, allez voir son exposition.
Si ce n’est pas le cas, retrouvez le sur son site, il en vaut la peine…

Martine Bernier

Mani exposera au Château de St Gingolph (Suisse) du 16 juillet au 16 août 2010
Du lundi au samedi de 14 à 17h30
Le dimanche de 10 à 12 heures et de 14 à 17h30
Il partagera cette exposition avec l’artiste peintre Nicole Wackenthaler.

http://www.manisculpteur.fr/

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