( 4 juillet, 2010 )

Christophe Abbet: L’alchimiste de l’Ambre

A Martigny (VS) Christophe Abbet a acquis ses lettres de noblesse jusqu’à devenir l’un des grands noms du vin suisse. Chaleureux, sagace et naturel comme l’est son vin, il s’attache à conserver une dimension artisanale à sa production, dont le raisin mûrit au soleil de Fully.

On dit de lui que c’est un artiste du vin, un maître incontesté, le « Sorcier de Martigny ». Christophe Abbet est avant tout un personnage attachant et subtil. Son parcours dans le monde du vin est atypique. Contrairement à beaucoup de ses pairs, il n’a pas repris un domaine familial. « Mon père était homme de loi, explique-t-il. Il avait un peu de vigne, pour le plaisir. J’ai choisi de devenir vigneron par élimination. Je savais ce que je ne voulais pas faire. J’aimais la nature, la forêt. Finalement, j’ai suivi des études pour être technicien en viticulture et œnologie, dans l’idée de travailler ensuite pour d’autres personnes. »
Son diplôme en poche, en 1987, le jeune homme est engagé sur différents domaines valaisans. L’un de ses employeurs le paie en raisins surmaturés, qu’il commence à vinifier. Ce vin liquoreux deviendra « L »Ambre », un joyaux aujourd’hui décliné en cinq millésimes, à la réputation mythique parmi les amateurs de grands crûs. Lorsque la personne qui lui fournit son raisin doit se séparer de sa vigne, Christophe Abbet rachète l’une d’elles pour pouvoir continuer à élever son Ambre, issue d’un assemblage d’Arvine et d’Ermitage. De fil en aiguille, il rachètera et louera d’autres parcelles, toutes sur Fully, et vinifiera dans les caves antiques de Martigny Bourg où il concentre son faisceau d’activités. Depuis un an, avec sa compagne Carine, il s’est installé dans une ancienne forge et le dit en souriant: il a enfin trouvé l’endroit où il se sent heureux et où ses flacons sont présentés dans de bonnes conditions.

Poésie dans le vin

Orfèvre de la vinification, cet artiste en son genre entretient avec ses vins une relation à la fois authentique et réfléchie. Christophe Abbet ne parle jamais pour ne rien dire. Mais lorsqu’il s’exprime, ce sont des mots teintés d’une poésie dénuée de naïveté qu’il utilise pour parler de la vie et des vins. Il explique qu’il souhaite que les siens soient « accessibles et entiers », à la fois sans compromis mais simples d’accès. Des vins qui lui ressemblent.
S’il est conscient des qualités de son travail, il reste d’une humilité parfaite, presque surpris d’être reconnus par ses pairs et les plus grands connaisseurs. Pour lui, réussir un bon vin demande un grand sens de l’écoute. Ecoute de la nature, du breuvage et de son évolution, des personnes qui le goûtent. « Chaque vin est une aventure. Il a une vie autonome, mais vous y projetez votre tempérament, vos humeurs, vos expériences. Je ne prends jamais de décisions trop rapides lorsque l’un d’eux ne me semble pas évoluer dans le bon sens. Il se peut que mon impression corresponde à mon humeur du moment. Donc j’attends. Et à la dégustation suivante, je réalise souvent que j’ai eu raison de ne pas me précipiter pour intervenir. »
C’est sans doute parce que c’est un bel humain que Christophe Abbet signe d’aussi beaux breuvages.

Martine Bernier

Si vous étiez:

- Un cépage: je serais à redécouvrir… La Durize par exemple, un vieux cépage rouge de Fully qui a une maturité si difficile à obtenir qu’il a aujourd’hui pratiquement disparu, mais qui, dans des conditions optimales donnait un vin magnifique.
- Un vin: celui que l’on a envie de boire.
- Un animal: un écureuil car il fait rêver les enfants.
- Une saison: l’automne car c’est là que tout se met en place…
- Un outil: une hache pour le tranchant.

Adresse
Christophe Abbet
Vigneron Eleveur
Rue des Fontaines 16
CP 2035 Martigny

(cet article est passé le 24 juin 2010 dans l’hebdomadaire Suisse « Terre et Nature »)

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