( 31 mai, 2011 )

Jean-Marc Lattion: Le Maître de l’acier

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Jean-Marc Lattion a créé un monde fantastique, peuplé d’œuvres en métal façonnées au feu de sa forge ou de son chalumeau. Et a transformé en art un métier délaissé.

Lorsque vous demandez à Jean-Marc Lattion s’il est ferronnier ou artiste, il répond qu’il est sculpteur. À première vue, son atelier de Colombey (VS) ressemble à un lieu de travail classique, parsemé de machines et d’outils. Mais à y regarder mieux, le local est rempli de merveilles. Des chats élégants, des statuettes, du mobilier tout droit sorti d’un film fantastique: le tout, inclassable, ressemble à celui qui les a créés.
Jean-Marc Lattion est un personnage. Jeune homme, il entame des études d’ingénierie en mécanique qu’il délaisse au bout de quelques trimestres, déçu par l’atmosphère estudiantine. Il devient programmeur informaticien, mais étouffe dans son métier. « Je voulais une liberté totale, explique-t-il. Mai 68 était passé par là, et je ne voulais plus recevoir d’ordre de qui que ce soit. En regardant mon oncle, ferronnier, forgeron et maréchal-ferrant, j’avais appris les bases de son métier dès l’enfance. J’ai décidé peu à peu de me mettre à mon compte comme ferronnier d’art. »
Il fallait oser… L’homme est marié, père de trois enfants, et le métier est en voie de disparition. Rares sont les personnes qui apportent encore des outils à réparer. En 1976, il débute en réalisant quelques décorations pour les maisons et… une sculpture de chauve-souris commandée par un particulier. Le défi lui plaît. Il réalise un croquis et signe sa première œuvre.

Un monde imaginaire

Le travail du métal, pourtant pénible et long, le passionne. Il met au point une méthode novatrice qui lui permet de chauffer et de travailler le métal au chalumeau et non plus à la forge qu’il utilise de moins en moins.
Réalisées avec du matériel de récupération, ses œuvres sont impressionnantes, sorties en droite ligne de son imagination débordante. Sa dextérité à travailler le fer, l’acier ou l’aluminium est telle qu’il arrive à donner l’illusion qu’il recouvre ses tables d’un tissu noir, alors qu’il s’agit d’un effet de drapés en métal aux plis étrangement fluide. Ses chaises sont conçues autour de sièges de vieux tracteurs, qu’il recherche toujours dans le but de leur offrir une nouvelle vie. Un objet qui passe dans ses mains est doté d’une deuxième vie, marqué de sa griffe. Cet homme calme, indépendant et cultivé transcende le métal qu’il façonne pendant des jours entiers avec une patience infinie. Pour le clocher de l’église de Trois Torrents, il vient d’achever une croix surmontée d’un coq en trois dimensions, qu’il dévoilera dans le courant du printemps lors d’une exposition qui sera organisée sur son lieu de travail.

Inspiration d’Art brut

À l’extérieur de son atelier, le Jardin des Sculptures qu’il a commencé à installer est un enchantement. Des chats monumentaux de plus de trois mètres, racés et stylisés, voisinent avec une « Grande Femme » qui rappelle l’œuvre du même nom signée Giacometti. Qui la rappelle seulement: il ne s’agit pas de copies. Se contenter de comparer les sculptures de Jean-Marc Lattion avec celles des artistes qu’il admire serait réducteur. Très proches de l’art brut, toutes sont dotées d’une personnalité propre, aussi forte que celle de leur créateur. Belles, malicieuses, émouvantes, fantaisistes ou sobres, elles arborent fièrement leurs formes et cette patine de rouille qui, de loin, leur donne l’apparence du bois.
Ferronnier d’art… Sous le couvert de ce métier perdu, Jean-Marc Lattion transforme la matière, crée des bougeoirs, des luminaires, des décorations, du mobilier. Même s’il ne roule pas sur l’or, le sculpteur est heureux et déclare que si c’était à refaire, il exercerait le même métier, mais sans doute plus tôt. En n’oubliant jamais la définition qu’un prêtre lui a un jour donnée de sa profession: « ferronnier, c’est celui qui travaille le fer avec amour. » Amour et talent.

Martine Bernier

Du 6 au 11 juin 2011; de 14 à 21 heures, vous pouvez rendre visite à Jean-Marc Lattion route de Collombey-le-Grand- 5, 1868 Collombey (Suisse)
Il vient de terminer la croix et le coq-girouette qui orneront le clocher de l’Eglise de Troistorrents, en Valais.
Il présentera le fruit de ce travail délicat qui a demandé des mois de travail au cours d’une exposition à découvrir chez lui!

( 17 mai, 2011 )

Claudy Clavien: La quête de l’inaccessible vin

La cave des Champs, à deux pas de Sierre, Claudy Clavien l’a créée voici plus de vingt ans. Devenu un vigneron réputé, il continue à suivre son chemin, mettant en avant les vins qu’il affectionne et en s’efforçant de les rendre toujours meilleurs.

Dans la Cave des Champs de Claudy Clavien, à Miège (VS), se trouve la statuette en bois d’un petit bonhomme tentant sans succès de toucher le vin se trouvant dans un verre trois fois plus grand que lui. Le maître des lieux y tient beaucoup et y associe une phrase: « Le vin est tellement grand que l’Homme n’arrive pas à l’atteindre. » Ces quelques mots résument à eux seuls la démarche de ce chaleureux vigneron valaisan: une recherche constante de la qualité.

De père en fils

« Mon père était vigneron, explique-t-il. Lorsque j’ai suivi l’école d’agriculture de Chateauneuf, j’ai choisi la filière « vigne ». L’idée de la création d’un produit, de son accompagnement depuis la plantation de la vigne jusqu’à la vente du vin me séduisait. Comme mon père livrait jusque-là son raisin en coopérative sans vinifier, nous avons pu travailler côte à côte, sans l’ombre d’un conflit.  »
Des stages chez Madeleine Gay, chez Maurice Zufferey et à l’école d’ingénieurs de Changins lui permettent d’affiner ses goûts et d’améliorer ses méthodes de travail.
En 1989, il produit son premier millésime, à l’âge de 23 ans. Depuis, ceux-ci se sont enchaînés, souvent couronnés par des prix prestigieux, comme le Label Nobilis. Il en parle sans ostentation, expliquant qu’il a eu la chance d’avoir quelques « coups de pouce » au bon moment. Et qu’il fait partie de la génération de vignerons arrivés dans la profession lorsque celle-ci a privilégié la qualité à la grande production.

Vigne sur sol sec

Les vignes de Claudy Clavien se trouvent sur le territoire le plus sec de Suisse. L’un des défis consiste donc à transformer un raisin naturellement riche en sucre en un vin ne manquant pas d’acidité. Un domaine qui le passionne, lui qui s’intéresse particulièrement à la richesse des sols et à l’utilité de l’enherbement de la vigne..
Ici, le travail se fait en famille. Claudy se partage entre la vigne et la cave, Joëlle, son l’épouse, se charge de la réception et de la comptabilité, tandis que sa sœur, Marie-Pierre, se consacre à la vigne. Six ouvriers à temps partiel les secondent dans leur tâche.

Ami de Jacques Perrin et Patrick Regamey, deux personnalités bien connues dans le monde du vin, Claudy les accompagne pour découvrir le travail de ses confrères hors des frontières du canton et du pays. Cette ouverture d’esprit qu’il va acquérir au cours de ces déplacements, et son attirance pour les grands vins de Bourgogne vont encore enrichir sa perception du vin. C’est ainsi qu’il continue à déguster les vins des autres tout en apportant un soin particulier à chacun de ses nectars.
Dans sa cave, une partie d’entre eux sont élevés en cuves, l’autre en fûts de chêne. Ils portent des noms poétiques à souhait: Eclats d’âme, Quintessence d’automne, Encre de la terre ou Carmin des pierres, signant des vins désormais aussi réputés que la gentillesse de celui qui les crée.

Martine Bernier

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