( 31 mai, 2011 )

Jean-Marc Lattion: Le Maître de l’acier

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Jean-Marc Lattion a créé un monde fantastique, peuplé d’œuvres en métal façonnées au feu de sa forge ou de son chalumeau. Et a transformé en art un métier délaissé.

Lorsque vous demandez à Jean-Marc Lattion s’il est ferronnier ou artiste, il répond qu’il est sculpteur. À première vue, son atelier de Colombey (VS) ressemble à un lieu de travail classique, parsemé de machines et d’outils. Mais à y regarder mieux, le local est rempli de merveilles. Des chats élégants, des statuettes, du mobilier tout droit sorti d’un film fantastique: le tout, inclassable, ressemble à celui qui les a créés.
Jean-Marc Lattion est un personnage. Jeune homme, il entame des études d’ingénierie en mécanique qu’il délaisse au bout de quelques trimestres, déçu par l’atmosphère estudiantine. Il devient programmeur informaticien, mais étouffe dans son métier. « Je voulais une liberté totale, explique-t-il. Mai 68 était passé par là, et je ne voulais plus recevoir d’ordre de qui que ce soit. En regardant mon oncle, ferronnier, forgeron et maréchal-ferrant, j’avais appris les bases de son métier dès l’enfance. J’ai décidé peu à peu de me mettre à mon compte comme ferronnier d’art. »
Il fallait oser… L’homme est marié, père de trois enfants, et le métier est en voie de disparition. Rares sont les personnes qui apportent encore des outils à réparer. En 1976, il débute en réalisant quelques décorations pour les maisons et… une sculpture de chauve-souris commandée par un particulier. Le défi lui plaît. Il réalise un croquis et signe sa première œuvre.

Un monde imaginaire

Le travail du métal, pourtant pénible et long, le passionne. Il met au point une méthode novatrice qui lui permet de chauffer et de travailler le métal au chalumeau et non plus à la forge qu’il utilise de moins en moins.
Réalisées avec du matériel de récupération, ses œuvres sont impressionnantes, sorties en droite ligne de son imagination débordante. Sa dextérité à travailler le fer, l’acier ou l’aluminium est telle qu’il arrive à donner l’illusion qu’il recouvre ses tables d’un tissu noir, alors qu’il s’agit d’un effet de drapés en métal aux plis étrangement fluide. Ses chaises sont conçues autour de sièges de vieux tracteurs, qu’il recherche toujours dans le but de leur offrir une nouvelle vie. Un objet qui passe dans ses mains est doté d’une deuxième vie, marqué de sa griffe. Cet homme calme, indépendant et cultivé transcende le métal qu’il façonne pendant des jours entiers avec une patience infinie. Pour le clocher de l’église de Trois Torrents, il vient d’achever une croix surmontée d’un coq en trois dimensions, qu’il dévoilera dans le courant du printemps lors d’une exposition qui sera organisée sur son lieu de travail.

Inspiration d’Art brut

À l’extérieur de son atelier, le Jardin des Sculptures qu’il a commencé à installer est un enchantement. Des chats monumentaux de plus de trois mètres, racés et stylisés, voisinent avec une « Grande Femme » qui rappelle l’œuvre du même nom signée Giacometti. Qui la rappelle seulement: il ne s’agit pas de copies. Se contenter de comparer les sculptures de Jean-Marc Lattion avec celles des artistes qu’il admire serait réducteur. Très proches de l’art brut, toutes sont dotées d’une personnalité propre, aussi forte que celle de leur créateur. Belles, malicieuses, émouvantes, fantaisistes ou sobres, elles arborent fièrement leurs formes et cette patine de rouille qui, de loin, leur donne l’apparence du bois.
Ferronnier d’art… Sous le couvert de ce métier perdu, Jean-Marc Lattion transforme la matière, crée des bougeoirs, des luminaires, des décorations, du mobilier. Même s’il ne roule pas sur l’or, le sculpteur est heureux et déclare que si c’était à refaire, il exercerait le même métier, mais sans doute plus tôt. En n’oubliant jamais la définition qu’un prêtre lui a un jour donnée de sa profession: « ferronnier, c’est celui qui travaille le fer avec amour. » Amour et talent.

Martine Bernier

Du 6 au 11 juin 2011; de 14 à 21 heures, vous pouvez rendre visite à Jean-Marc Lattion route de Collombey-le-Grand- 5, 1868 Collombey (Suisse)
Il vient de terminer la croix et le coq-girouette qui orneront le clocher de l’Eglise de Troistorrents, en Valais.
Il présentera le fruit de ce travail délicat qui a demandé des mois de travail au cours d’une exposition à découvrir chez lui!

( 1 juillet, 2010 )

Mani: des mains d’artiste

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J’ai vu cette photo, et j’ai eu un coup de coeur.
Je venais de découvrir Mani, sculpteur de son état.
Il est très rare de rencontrer des oeuvres contemporaines à la fois belles et ne ressemblant à rien de ce qui a été fait jusqu’ici.
Pour ce visage, c’est le cas.

J’ai lu deux ou trois choses parlant de cet artiste né dans le nord est de la France, j’ai écouté quelqu’un m’en parler.
Ses premières découvertes du bois, Mani les a faites dans l’atelier de menuisier de son père.
Depuis, il n’a plus pu s’en détacher.
Etudes de sculpteur ornemaniste suivies d’années de pratique du métier auprès d’ébénistes… puis, un jour, il part faire un stage dans l’atelier d’un artiste sculpteur.
Celui-ci s’enthousiasme pour le travail de son élève, et l’encourage à persévérer.
C’est ce qui provoquera le déclic: Mani va désormais se consacrer entièrement à la création.
Depuis, ses œuvres sont exposées dans de nombreuses villes d’Europe, certaines ont fait l’objet de commandes publiques.

Son style a évolué au fil du temps, nous dit-on.
Elles sont passées du réalisme à la subtilité permettant simplement d’à peine soulever le voile…
Le poirier sauvage est devenu sa matière de prédilection.
Il en parle merveilleusement: e. « J’ai ouvert l’arbre-livre, je l’ai laissé me raconter ses histoires, j’y ai vu les miennes. Je laisse ma main et ma gouge effleurer ce bois-mémoire comme dans une sorte de jeu divinatoire, un colin-maillard dans un monde poétique et onirique où le flux ascensionnel de l’arbre serait le fil d’Ariane. »

Les mains de Mani sont habitées de ce miracle qui place les artistes dans une autre dimension, un peu au-dessus du commun des mortels.

Si vous habitez dans la région, non loin d’Evian, allez voir son exposition.
Si ce n’est pas le cas, retrouvez le sur son site, il en vaut la peine…

Martine Bernier

Mani exposera au Château de St Gingolph (Suisse) du 16 juillet au 16 août 2010
Du lundi au samedi de 14 à 17h30
Le dimanche de 10 à 12 heures et de 14 à 17h30
Il partagera cette exposition avec l’artiste peintre Nicole Wackenthaler.

http://www.manisculpteur.fr/

( 14 juin, 2010 )

Les Pleurants de Dijon en voyage

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Les Pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne sont des statues funéraires sublimes et délicates, oeuvres majeures de la fin du Moyen Age.
En ce moment, alors que la planète peste contre les pénibles et continuels bourdonnements qui accompagnent chaque match de la Coupe du Monde de football (les supporters s’en souviendront, des vuvuzellas, ces longues trompettes des tribunes locales donnant l’impression d’avoir un essaim d’abeilles dans la maison…), les trente-neuf Pleurants, eux, voyagent discrètement.
Ils voyagent même loin, puisqu’ils sont partis aux Etats-Unis dans le cadre du réseau Frame d’échanges entre les musées français et américains.

Dix-neuf étapes composent leur périple américain, et, à chacune d’elles, les statues sont rejointes par la quarantième figurine conservée au Cleveland Museum of Art.
Le succès de ces personnages de pierres est tel que le National Gallery fort Art de Washington aimerait les accueillir pendant trois semaines.
Ce serait une nouvelle consécration, mais le maire de Dijon, François Rebsamen, n’a pas encore rendu sa réponse.
Il souhaiterait, explique l’Express, que ces oeuvres fassent escale à Berlin à leur retour en Europe, rejoints par les pleurants restés en France.
Ensuite, en mars 2012, ils feront officiellement leur entrée en grande pompe dans le musée des Beaux-Arts de la ville, actuellement en rénovation mais toujours ouvert au public.

A ceux qui se demandent pourquoi des statuettes de la fin du Moyen Age connaissent un tel succès, on ne peut que leur conseiller d’aller les voir.
J’ai chez moi la copie de l’un de ces pleurants, celle du moine blanc.
Ces statues sont poignantes.
Elles sont d’une beauté mystérieuse et profonde, réalisées avec un talent fou par des artistes d’autrefois qui maîtrisaient à la perfection l’art d’imprégner leurs personnages de sentiments bouleversants pour ceux qui les regardent.

Ces Pleurants, que l’on ne peut admirer que très exceptionnellement sous tous les angles, comme en ce moment aux Etats-Unis, sont devenus des ambassadeurs de l’Art à travers le monde.

Martine Bernier

( 6 juin, 2010 )

Léonard de Vinci: le tableau revenu du passé

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En 2008, Nicola Barbatelli, historien médiéviste, découvre un tableau de 60 sur 44 cm, dans une collection privée de Salerne.
Très vite, il pressent que l’homme d’une quarantaine d’années qui y figure pourrait bien être l’autoportrait de Lénonard de Vincy.
Les cheveux longs et la barbe démesurée, il porte un chapeau noir surmonté d’une plume blanche.

Dès que la nouvelle est connue, le monde de l’art italien part en ébullition.
Vittorio Sgarbi, célèbre écrivain, homme politique et critique d’art estime que ce tableau est un faux peint au XIXe siècle.
Mais Barbatelli insiste.
Il y a trop de similitudes entre l’oeuvre et un portrait du Maître conservé à la Galerie des Offices de Florence pour qu’il mette son authenticité en doute.

Le tableau est donc confié à des experts chargés de l’analyser avec toutes les précautions voulues.
Le portrait subira la détermination de l’essence de bois, la datation au carbone 14, une analyse céphalométrique du visage, une radiographie et l’analyse chimique des pigments.

Les résultats sont tombés en mai 2010: il s’agit bien d’un tableau de Léonard de Vinci.
L’étude graphique de l’inscription « Mea pinxit » (peint par moi) inversée comme le faisait le Florentin, et placée au dos du tableau, a révélé que l’écriture correspondait bien à celle du peintre.
De plus, deux empreintes digitales comparées (l’une présente sur le portrait, l’autre sur un autre tableau de l’artiste) indiquent bien une concordance indiscutable.

Cette découverte est seulement le deuxième autoportrait de Léonard de Vincy, l’autre étant la célébrissime sanguine conservée à Turin.

Et savez-vous quel détail il nous livre sur celui qui fut l’un des plus grands génies de tous les temps?
Il avait les yeux bleus…

Martine Bernier

( 7 avril, 2010 )

Jean-Pierre-Marie Le Hunsec

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Il aime les jardins imaginaires…
Découvrir les tableaux du peintre Suisse Jean-Pierre Le Hunsec équivaut à prendre une immense bouffée de joyeuse nature en pleine face.
Sa peinture est joyeuse, exubérante…
Des champs de fleurs, des forêts d’arbres verts et roux, des prairies grasses: ses aquarelles sont un foisonnement de vie et de couleurs, sa peinture est printanière, compréhensibles de tous, et se décline en huiles et en aquarelles, ces dernières étant spécialement vivifiante.
Ses sculptures méritent elles aussi le déplacement, révélant une autre facette du talent de ce tonique artiste carougeois.

Martine Bernier

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Exposition à la Galerie Les 3 Soleils, route de la Corniche, 1098 Epesses.
Tél. 021 799 23 75
Du 17 avril (vernissage dès 17h30 au 16 mai 2010, ouvert du mercredi au dimanche de 14 à 18 heures ou sur rendez-vous,

Site de l’artiste: http://www.lehunsec.com/

( 10 février, 2010 )

Fondation de l’Hermitage: des chefs-d’oeuvre en visite

Chaque nouvelle exposition de la Fondation de L’Hermitage, à Lausanne, est un événement dans la vie culturelle Suisse.
Celle qui a ouvert ses portes le 6 février dernier ne fait pas exception.
« 100 chefs-d’oeuvre du Städel Museum de Francfort » propose une randonnée à travers les principaux courants artistiques, entre le romantisme et l’expressionnisme, au gré des toiles prêtée par ce qui est l’un des plus anciens musées d’Allemagne.

L’exposition fait la part belle aux peintres allemands et français à travers les différents courants artistiques de l’impressionnisme français à l’expressionnisme allemand.
Et l’ensemble, tel qu’il nous est annoncé, est d’une richesse exemplaire.
La liste des artistes exposés est plus que séduisante. Parmi les plus connus: Max Beckmann, Pierre Bonnard, Paul Cézanne, Camille Corot, Gustave Courbet, Charles-François Daubigny, Edgar Degas, Eugène Delacroix, Jeames Ensor, Max Ernst, Erich Heckel, Ferdinand Hodler, Paul Klee, Edouard Manet, Claude Monet, Gustave Moreau, Emil Nolde, Pablo Picasso, Pierre-Auguste Renoir, Auguste Rodin, Alfred Sisley, Félix Valloton, Vincent Van Gogh…

Lorsque j’aurai été la visiter, je consacrerai un deuxième article à cette exposition aussi prometteuse qu’alléchante.

Martine Bernier

Fondation de l’Hermitage, 2 route du Signal Lausanne
www.fondation-hermitage.ch
Du 5 février au 24 mai 2010.

( 27 novembre, 2009 )

Monet et le sublime musée d’Orsay

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Un matin de novembre 2008, je me suis posé la question: mais où se trouve donc le tableau de Claude Monet “Le Bassin aux Nymphéas, Harmonie Verte”? Un coup d’oeil sur Internet m’apprend qu’il est au Musée d’Orsay, à Paris. Visite et… coup de foudre! A découvrir ou redécouvrir.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Je suis sur place: je saisis donc l’occasion pour m’y rendre. Que ne ferait-on pas pour les tableaux de Claude Monet et pour celui-là en particulier!
Comme toujours à Paris, aux alentours des musées, les parkings sont remplis. Un conseil si vous tentez l’expérience en voiture: garez-vous sur les berges de la Seine, à deux pas de là. Le musée impressionne par son architecture. Aménagé dans l’ancienne gare d’Orsay créée pour l’Exposition universelle de 1900, il a ouvert ses portes au public en 1986. La structure de la gare offre des volumes énormes. Elle permet des galeries longues et larges dont la principale a été aménagée pour recevoir des sculptures et des statues. D’entrée, le visiteur en prend plein la vue et le coeur…

Certains ne jurent que par le Louvre. Oublier que le musée d’Orsay recèle quantité de trésors serait une hérésie. Connu dans le monde entier, notamment pour sa collection de tableaux impressionnistes, il abrite des oeuvres majeures. Renoir, Degas, Monet, Manet, mais aussi Bonnard, Signac, Van Gogh, Gauguin, Cézanne, Toulouse-Lautrec, Courbet, Delacroix, le Douanier Rousseau et des centaines d’autres y sont présents. La richesse des collections explique l’affluence des visiteurs venus du monde entier pour découvrir ces tableaux et ces sculptures essentielles. La visite est un ravissement. Chaque salle propose des merveilles. Et des peintres d’aujourd’hui s’appliquent à marcher dans les pas des maîtres en recopiant leurs tableaux devant les yeux des visiteurs.

De tableau en tableau, j’arrive à ceux de Monet. La suprise est totale: ils sont nombreux, très nombreux. Ses plus belles oeuvres sont ici. Et le doux “Bassin aux Nymphéas” trône discrètement dans un angle de la pièce, symphonie de verts au milieu des jardins que l’artiste a tant aimés.
Ceux qui estiment que les musées ne sont pas des lieux vivants devraient s’y rendre plus souvent… Ici, le bonheur, l’émotion des visiteurs sont manifestes. Délaissant la file interminable qui mène les amateurs devant le fameux “Déjeuner sur l’Herbe”, beaucoup se dirigent vers “le” tableau qui les attire depuis longtemps. Chacun a le sien. Ici, les gens rêvent.. Histoire de reprendre des forces avant de poursuivre la visite, vous pouvez vous arrêter au restaurant, au deuxième niveau, juste derrière la gigantesque horloge de l’ancienne gare. Entre la vue panoramique sur la ville et les oeuvres somptueuses accrochées, ce musée d’art mille fois présenté mérite de se voir consacrer une journée. Qui sera belle, très belle, soyez-en sûrs.

en savoir plus
Musée d’Orsay, fermé le lundi. Ouvert de 9h00 à 18h00.
Prix: 9,50 euros. Adresse: 1, rue de la Légion d’Honneur, Paris.
Site: www.musee-orsay.fr

( 22 novembre, 2009 )

Léonard Gianadda et son merveilleux Jardin des Arts

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Il existe des hommes que l’on admire plus que d’autres. Dans mon panthéon à moi, il y a Léonard Gianadda. C’est grâce à lui que le Valais et la ville de Martigny (CH) en particulier disposent d’une rayonnance culturelle particulière. Depuis qu’il a ouvert la Fondation Gianadda, les expositions des peintres les plus prestigieux s’y sont succédées. Où que l’on aille dans le monde, les proches de l’Art connaissent la Fondation et saluent unanimement sa valeur. Il a fallu un courage et une ténacité prodigieux à Léonard Gianadda pour arriver à ce résultat. Il en a la dimension: sa forte personnalité lumineuse et explosive, et la passion qui l’anime sont deux de ses atouts majeurs.
Le parc qui entoure les lieux possède forces. Ses arbres, ses sculptures et la passion protectrice de l’homme qui l’a conçu. Visite au cœur d’un univers hors du temps.

« Ce jardin, c’est ma danseuse, mon dada! »
Léonard Gianadda, prestigieux créateur de la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny n’aime pas donner d’interviews, disait-il lorsque je l’ai rencontré. Sauf pour parler du jardin de sculptures qui entoure le musée. Au milieu de ses arbres et de ses œuvres d’art, il est heureux. Tout simplement.

Pour les fidèles des lieux, la visite du parc est un rituel immuable. Après avoir découvert, à l’intérieur de la Fondation, les œuvres accrochées lors des expositions temporaires, ils terminent la visite par une promenade dans le parc, où des sculptures de Rodin, César, Segal, Dubuffet et bien d’autres se partagent la vedette avec les arbres du jardin.
Celui-ci est né en 1982, du désir de son propriétaire. « La plupart des musées suisse se trouvent au cœur des villes, et ne disposent pas de parc, observe Léonard Gianadda. Comme la Fondation ne possède pas de collections de peinture permanente, j’ai pensé que je pouvais apporter un atout supplémentaire en créant ce jardin de sculptures. »
Chose dite, chose faite. N’étant pas homme à confier à d’autres le soin de réaliser ses projets, il en dessine les plans, fait tracer à la chaux les limites des parterres, des chemins et des plans d’eau. Puis il grimpe sur la route du col des Planches surplombant les lieux et fait corriger, par téléphone, les traits indiqués, afin d’en peaufiner l’harmonie. Il fait amener de la terre pour modeler le terrain comme il le souhaite. Ses efforts aboutissent à la création d’un univers épousant parfaitement le relief de la région. Et dégageant une sensation de douceur et de bien-être à laquelle aucun visiteur n’est insensible.

Mariage entre art et nature
Pour le maître des lieux, le défi est simple. Il est impossible de monter une exposition avec dix tableaux. Mais il peut concevoir un parc séduisant avec le même nombre de sculptures.
Dès que sa décision est prise, il arrête d’acheter des toiles pour sa collection personnelle, leur préférant la sculpture dont il souhaite faire profiter le plus grand nombre. Ce qui lui permet de reconnaître avec satisfaction que « notre parc est aujourd’hui représentatif de la sculpture mondiale du 20 XXe. Il acquiert des œuvres de sculpteurs du monde entier. Et je prétends qu’il est le plus beau de Suisse tout en figurant parmi les principaux d’Europe. » Léonard Gianadda ne s’encombre pas de fausse modestie. Il aurait d’ailleurs tort de le faire. Le parc est réellement un endroit particulier, serein et porteur d’émotions dues au mariage des arbres et des œuvres exposées.

Les 7000 m2, construction comprise, dont il disposait au départ, ont augmenté au fil des années. Aujourd’hui, est quatre fois plus importante, et comprend le parking. Tout n’a pourtant pas été facile. Léonard Gianadda reconnaît que « les arbres mettent trois ou quatre ans à ne pas crever! Puis ils réfléchissent encore quelques années pour savoir s’ils vont pousser. C’est très long. Ils hésitent… »

Poésie sous un saule
Découvrir ou redécouvrir le parc au côté de son créateur est un régal. Du verger de départ qui habitait ici autrefois, il ne reste deux poiriers, trois cerisiers et une douzaine d’abricotiers. Les autres arbres, trop anciens, ont péri de leur belle mort. Mais les abricotiers restants donnent des fruits au goût de miel, gorgés de soleil. En passant, le maître des lieux secoue un arbre, en fait tomber des abricots qu’il fait goûter et déguste lui-même avec un visible contentement. Plus loin, il montre le saule pleureur qui caresse le « Sein » de César, offrant un tableau vivant, troublant de poésie. Cèdres, magnolias, épicéas, érable du Japon, pin parasol, figuiers, tilleuls… les arbres sont ici tellement beaux que l’on ne sait plus qui des œuvres ou des végétaux servent d’écrin aux autres.
Trois points d’eau apportent une note de fraîcheur très appréciée des visiteurs comme des canards. Même si le renard et la fouine les guettent d’un œil gourmand. Les colverts, mandarins et autres plongeurs restent fidèles à ce havre de paix sur lequel veille la blanche « Femme avec des lunettes de soleil, sur un banc public » de George Segal. Les sculptures sont fondues dans le paysage, rendant parfaitement naturelle la présence des « Moutons transhumants » de François Lalanne ou des « Baigneurs » de Niki de Saint-Phalle.
Dans cet endroit magique, l’Art fusionne avec la nature, apportant une vague de bien-être à ceux qui en profitent. Et ils sont nombreux. Tous les soirs durant l’été, le parc est ouvert gratuitement par beau temps. Car le mécène a beau avoir la réputation de posséder un caractère bouillonnant, c’est aussi et surtout un homme généreux, qui aime faire partager ses passions. Son humour et son indépendance d’esprit se révèlent d’ailleurs à travers des détails insolites. Ici, les pancartes indiquent qu’il est permis de marcher sur les pelouses. Contrairement à partout ailleurs.

Martine Bernier

( 22 novembre, 2009 )

Turuvani, peintre des montagnes

Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de rencontrer et de consacrer un article au peintre Bernard Turuvani, qui exposait alors aux Diablerets, dans les Alpes vaudoises.
J’ai eu un coup de foudre pour ses oeuvres. Ce Neuchâtelois d’origine peint la montagne. Mais pas dans ce qu’elle a de verdoyant et bucolique.
Son univers est un monde de roc, de glace et de neige.
Il reproduit les parois telles que les voient les alpinistes de haute montagne.
Dures et belles.
Sa technique est étonnante. Il peint à l’huile sur du papier de Chine extrêmement fin, qu’il froisse et repeint encore, pour reproduire le relief.
Ses oeuvres, en trois dimensions, sont très pures, entraînant ceux qui regardent ses toiles dans un univers où beaucoup ne se rendront sans doute jamais.
Un monde vertigineux, sobre et étonnamment vivant.

M.B.

Jusqu’au 28 mars 2009, Bernard Turuvani expose à la Galerie 2016, Maison des Arcades, à Hauterive/Neuchâtel (Suisse)
Mais l’homme habite en France et expose dans le monde entier.
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( 2 juin, 2009 )

Magritte a enfin son musée…

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2 juin 2009. Aujourd’hui, à Bruxelles cette capitale où je suis née, s’ouvrent les portes du Musée Magritte. Enfin… Il était temps que son pays lui rende l’hommage qu’il mérite.

René Magritte avait une devise: « Tout ce que nous voyons cache quelque chose d’autre. » Il en était la preuve vivante. S’il avait l’air (et les manières, diront certains) d’un petit bourgeois bien rangé, il a surtout été un véritable révolutionnaire dans la Cour des Peintres Surréalistes.
Son oeuvre a connu des hauts et des bas. Les bas ont vu le jour essentiellement au cours de ce que l’on a appelé sa « période vache » où il s’est adonné au néo-impressionnisme et au fauve. Mais ce que nous retenons de lui est le côté insolite et poétique de son talent, teinté d’humour noir.

Les spécialistes disent de lui qu’il « s’appliquait » à peindre. Et c’est vrai que ses tableaux sont d’une minutie parfaite… Ils sont parfois sombres et lourds, selon les époques, et étonnamment facétieux à d’autres.
Les hommes au chapeau melon, la « pipe qui n’est pas une pipe », la femme couleur de ciel, l’homme qui se voit de dos dans un miroir, c’est lui…

Né en 1898 et mort en 1967, il donne l’impression d’être omniprésent dans nos vies. Amateurs d’Art ou pas, nous avons tous vu au moins une fois l’une de ses oeuvres. Et sans doute nous a-t-elle intrigués… Mais si son travail nous est familier, la personnalité et la vie de cet artiste discret sont, elles, moins connues. Et pourtant… elles expliquent sans doute en grande partie sa démarche artistique.
La mère de Magritte s’est suicidée alors qu’il avait 14 ans, en 1912. Elle a été retrouvée noyée, avec une chemise sur la tête. Est-ce ce qui a inspiré le fameux tableau « Les Amants », dont les deux visages sont enveloppés d’un linge?
Au cours de son adolescence, il rencontre Georgette Berger, fille de boucher, qui deviendra sa femme et qu’il aimera toute sa vie. Elle devient sa muse…
On dit de lui que son manque de virtuosité picturale, il le compensait par son esprit.

Il y aurait mille choses à écrire sur Magritte. D’autres l’ont fait avant moi, bien mieux que je ne pourrais le faire. Un excellent dossier a d’ailleurs été réalisé ce mois-ci dans la revue Arts Magazine*.
J’ai tendance à envier ceux qui pourront aller visiter le Musée qui lui est consacré. Il se trouve dans la maison que le peintre a occupée avec son épouse durant 24 ans…

M.B.

Musée Magritte. rue Esseghem 135, 1090 Bruxelles. http://www.magrittemuseum.be

* Arts Magazinz N°35 Juin 2009 – « Magritte: L’étrange vie de monsieur Tout-le-Monde ».

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