( 1 août, 2010 )

Berce du Caucase: elle s’incruste

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Sus à l’ennemi!
Tel pourrait être le mot d’ordre des autorités dont les pâturages subissent l’invasion d’une plante exotique répondant au doux nom de Berce du Caucase.
Et ce que ce soit en Suisse, en Belgique ou en France
Dans les années 1950-55, cette plante a souvent été importée par des amateurs de botaniques.
Capable d’atteindre une hauteur impressionnante de 3,5 mètres, la berce, dotées d’ombelles spectaculaires et de couleurs blanche ou jaune, dépayse le public, et trouve alors sa place dans les arrangements floraux.
Seulement voilà… mettant à profit la philosophie du « j’y suis, j’y reste », la dame s’est incrustée.
Elle a même proliféré à tel point qu’elle a envahi les lieux.
En prime, sous ces airs innocents, l’heracleum mantegazzianum est hautement allergisante.
Un simple effleurement de n’importe quelle partie de son anatomie peut provoquer de véritables lésions de la peau.
Comme, en outre, sa force de recouvrement importante détruit quasiment toute autre forme de vie végétale, son arrivée idyllique et maîtrisée dans les petits jardins botaniques s’est aujourd’hui transformée en cauchemar dans certaines régions.

Ne pas toucher!

A ne pas confondre avec la berce commune, beaucoup plus petite que sa cousine exotique, la berce du Caucase représente un danger réel pour la santé.
Après un contact avec le suc de la plante, et sous l’effet de l’exposition au soleil, des lésions de la peau semblables à des brûlures peuvent se développer en quelques jours.
Dans les cas les plus graves, la peau devient rouge, gonflée, et des cloques apparaissent au bout d’un ou deux jours.
Après la guérison, des taches brunes peuvent persister.
En cas de contact avec la berce du Caucase, il est recommandé de se laver la peau, d’éviter l’exposition au soleil pendant quelques jours, et de changer de vêtements si ceux-ci ont été imprégnés par le suc.
Les précautions méritent d’être respectées, le processus des lésions étant très lent à disparaître.
Quant à la plante en elle même, très résistante, elle a une durée de vie de sept ans et prolifère grâce aux milliers de graines qu’elle produit chaque année.

Martine Bernier

( 18 janvier, 2010 )

Musée de la Contrefaçon: Au coeur de l’illusion

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(photo unifab)

En plein cœur de Paris, une porte cochère s’ouvre sur un musée inattendu: celui de la Contrefaçon, destiné à sensibiliser le public à ce qui est un véritable fléau. Créé en 1951 sous la houlette de l’Union des Fabriquants, première association de lutte anti-contrefaçon, il est situé dans une artère au nom prédestiné: la rue de la Faisanderie…

La contrefaçon, véritable fléau en pleine évolution, ne date pas d’hier. Mais selon les époques, elle était punie bien plus sévèrement qu’aujourd’hui. Du temps des Romains, les petits fûtés qui copiaient certains bouchons d’amphore, avaient la main coupé. En France, il a fallu attendre 1857 pour que la contrefaçon ne soit plus considérée comme un crime, mais comme un délit.
Aujourd’hui, elle a pris des proportions telles qu’elle représente un manque à gagner de 200 à 300 millards d’euros par an dans le monde. Ces objets copiés sont réalisés en Chine, pour 60% d’entre eux. Comme le droit international en est encore à ses balbultiements en la matière, le fait de risquer notamment jusqu’à 300 000 euros d’amende et trois ans d’emprisonnement n’empêche pas les contrefacteurs de poursuivre leur juteuse activité.
Ce musée passionnant présenté comme une collection, avec l’objet authentique et, en vis-à-vis, sa contrefaçon, dresse un constat inquiétant. A la fin de l’année 2008, les contrôles douaniers ont indiqué que les saisies avaient augmenté de plus de 40%, atteignant 6,5 millions en 2008, hors cigarettes. Et les chiffres ne cessent d’augmenter.

Parmi les objets les plus copiés, les montres et les couteaux suisses figurent en bonne place. Mais aucune gamme d’articles n’est épargnée. Cigarettes, parfums, objets de luxe, vêtements, jouets, denrées alimentaires, cosmétiques, alcool, médicaments, électroménagé, articles électroniques, œuvres d’art, matériel de sport, logiciels etc: tout est copié. U constat affolant si l’on sait que tous ces objets sont de mauvaise qualité, souvent dangereux et sources d’accidents domestiques.
Sur un autre plan, la contrefaçon sacrifie des milliers d’emplois en Europe, et favorise le travail clandestin et celui, inacceptable, des enfants.
Lorsque l’on visite le musée, on y découvre que la meilleure façon de découvrir quel produits est le faux, il suffit de se pencher sur les étiquettes ou les boîtes. Les textes imprimés sur ces dernières sont le plus souvent parsemé de fautes d’othographe. Mieux encore: certains noms de produits comportent des erreurs monumentales. Comme la marque de stylo « Bic » devenue « Big » après copie…
Un petit conseil enfin si vous voulez éviter de vous faire arnaquer: n’achetez les produits de luxe sur Internet que si vous êtes sûrs de passer par le site de la maison mère.
Et si vous souhaitez céder aux sirènes de la contrefaçon en achetant des faux, sachez encore que vous effectuez là un délit douanier.
Vos précieux objets peuvent être confisqués et détruits…

Martine Bernier

16, rue de la Faisanderie – 75116 Paris
 
Tel : 01 56 26 14 00

Ouvert : 
du Mardi au Dimanche de 14h à 17h30
Tarifs :
4 €
Groupe : 3 €
Guide : 35 €
( sur réservation du Mardi au Vendredi de 9h30 – 12h30 et 14h -17h30 )
Gratuit : – de 12 ans, journalistes, demandeurs d’emploi 
( justificatifs demandés )

( 22 novembre, 2009 )

Léonard Gianadda et son merveilleux Jardin des Arts

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Il existe des hommes que l’on admire plus que d’autres. Dans mon panthéon à moi, il y a Léonard Gianadda. C’est grâce à lui que le Valais et la ville de Martigny (CH) en particulier disposent d’une rayonnance culturelle particulière. Depuis qu’il a ouvert la Fondation Gianadda, les expositions des peintres les plus prestigieux s’y sont succédées. Où que l’on aille dans le monde, les proches de l’Art connaissent la Fondation et saluent unanimement sa valeur. Il a fallu un courage et une ténacité prodigieux à Léonard Gianadda pour arriver à ce résultat. Il en a la dimension: sa forte personnalité lumineuse et explosive, et la passion qui l’anime sont deux de ses atouts majeurs.
Le parc qui entoure les lieux possède forces. Ses arbres, ses sculptures et la passion protectrice de l’homme qui l’a conçu. Visite au cœur d’un univers hors du temps.

« Ce jardin, c’est ma danseuse, mon dada! »
Léonard Gianadda, prestigieux créateur de la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny n’aime pas donner d’interviews, disait-il lorsque je l’ai rencontré. Sauf pour parler du jardin de sculptures qui entoure le musée. Au milieu de ses arbres et de ses œuvres d’art, il est heureux. Tout simplement.

Pour les fidèles des lieux, la visite du parc est un rituel immuable. Après avoir découvert, à l’intérieur de la Fondation, les œuvres accrochées lors des expositions temporaires, ils terminent la visite par une promenade dans le parc, où des sculptures de Rodin, César, Segal, Dubuffet et bien d’autres se partagent la vedette avec les arbres du jardin.
Celui-ci est né en 1982, du désir de son propriétaire. « La plupart des musées suisse se trouvent au cœur des villes, et ne disposent pas de parc, observe Léonard Gianadda. Comme la Fondation ne possède pas de collections de peinture permanente, j’ai pensé que je pouvais apporter un atout supplémentaire en créant ce jardin de sculptures. »
Chose dite, chose faite. N’étant pas homme à confier à d’autres le soin de réaliser ses projets, il en dessine les plans, fait tracer à la chaux les limites des parterres, des chemins et des plans d’eau. Puis il grimpe sur la route du col des Planches surplombant les lieux et fait corriger, par téléphone, les traits indiqués, afin d’en peaufiner l’harmonie. Il fait amener de la terre pour modeler le terrain comme il le souhaite. Ses efforts aboutissent à la création d’un univers épousant parfaitement le relief de la région. Et dégageant une sensation de douceur et de bien-être à laquelle aucun visiteur n’est insensible.

Mariage entre art et nature
Pour le maître des lieux, le défi est simple. Il est impossible de monter une exposition avec dix tableaux. Mais il peut concevoir un parc séduisant avec le même nombre de sculptures.
Dès que sa décision est prise, il arrête d’acheter des toiles pour sa collection personnelle, leur préférant la sculpture dont il souhaite faire profiter le plus grand nombre. Ce qui lui permet de reconnaître avec satisfaction que « notre parc est aujourd’hui représentatif de la sculpture mondiale du 20 XXe. Il acquiert des œuvres de sculpteurs du monde entier. Et je prétends qu’il est le plus beau de Suisse tout en figurant parmi les principaux d’Europe. » Léonard Gianadda ne s’encombre pas de fausse modestie. Il aurait d’ailleurs tort de le faire. Le parc est réellement un endroit particulier, serein et porteur d’émotions dues au mariage des arbres et des œuvres exposées.

Les 7000 m2, construction comprise, dont il disposait au départ, ont augmenté au fil des années. Aujourd’hui, est quatre fois plus importante, et comprend le parking. Tout n’a pourtant pas été facile. Léonard Gianadda reconnaît que « les arbres mettent trois ou quatre ans à ne pas crever! Puis ils réfléchissent encore quelques années pour savoir s’ils vont pousser. C’est très long. Ils hésitent… »

Poésie sous un saule
Découvrir ou redécouvrir le parc au côté de son créateur est un régal. Du verger de départ qui habitait ici autrefois, il ne reste deux poiriers, trois cerisiers et une douzaine d’abricotiers. Les autres arbres, trop anciens, ont péri de leur belle mort. Mais les abricotiers restants donnent des fruits au goût de miel, gorgés de soleil. En passant, le maître des lieux secoue un arbre, en fait tomber des abricots qu’il fait goûter et déguste lui-même avec un visible contentement. Plus loin, il montre le saule pleureur qui caresse le « Sein » de César, offrant un tableau vivant, troublant de poésie. Cèdres, magnolias, épicéas, érable du Japon, pin parasol, figuiers, tilleuls… les arbres sont ici tellement beaux que l’on ne sait plus qui des œuvres ou des végétaux servent d’écrin aux autres.
Trois points d’eau apportent une note de fraîcheur très appréciée des visiteurs comme des canards. Même si le renard et la fouine les guettent d’un œil gourmand. Les colverts, mandarins et autres plongeurs restent fidèles à ce havre de paix sur lequel veille la blanche « Femme avec des lunettes de soleil, sur un banc public » de George Segal. Les sculptures sont fondues dans le paysage, rendant parfaitement naturelle la présence des « Moutons transhumants » de François Lalanne ou des « Baigneurs » de Niki de Saint-Phalle.
Dans cet endroit magique, l’Art fusionne avec la nature, apportant une vague de bien-être à ceux qui en profitent. Et ils sont nombreux. Tous les soirs durant l’été, le parc est ouvert gratuitement par beau temps. Car le mécène a beau avoir la réputation de posséder un caractère bouillonnant, c’est aussi et surtout un homme généreux, qui aime faire partager ses passions. Son humour et son indépendance d’esprit se révèlent d’ailleurs à travers des détails insolites. Ici, les pancartes indiquent qu’il est permis de marcher sur les pelouses. Contrairement à partout ailleurs.

Martine Bernier

( 22 novembre, 2009 )

Michel Klein: « Le combat de l’avocat des bêtes »

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Michel Klein est l’un des vétérinaires les plus connus et les plus médiatisés au monde. Aujourd’hui à la retraite, il continue à défendre la cause animale, comme il nous l’a expliqué chez lui, dans son domicile parisien.

À travers le monde, le docteur Michel Klein est connu pour être un vétérinaire précurseur, ayant fait évoluer sa profession. Notamment en matière d’anesthésie et de techniques chirurgicales sur les animaux des zoos, mais aussi sur le plan de la connaissance du comportement animal. Dès les années 1950, il a collaboré avec la télévision française, présentant dans ses émissions des animaux dits sauvages, lors de directs parfois mouvementés, spécialement dans le fameux « Club Dorothée », sur TF1. Lui qui est l’un des créateurs du parc de Thoiry, la première réserve africaine du monde, a fréquenté les zoos et les cirques les plus connus et les personnalités les plus célèbres.
Dans son appartement parisien, c’est un homme souriant et chaleureux qui nous reçoit, en compagnie de sa chienne, Isis. Toujours très concerné par la cause animale, celui qui a sorti récemment le livre « L’avocat des bêtes », est généreux de ses souvenirs…
« Chez moi, j’ai toujours eu des chiens et des chats. Actuellement, le règne du chien est ralenti. En France, le nombre de chats dépasse celui des chiens. Non pas à cause de la polémique sur les chiens dangereux, mais simplement en raison de leurs conditions de vie, qui représentent une contrainte. Il faut les sortir, s’en occuper, et cela ne correspond pas à ce que la plupart des personnes peuvent ou veulent assumer. C’est ressenti comme une corvée. De plus, contrairement à la Suisse où vous êtes bien organisés sur ce plan, il n’existe pas, à Paris, de distributeurs de sachets pour ramasser les excréments de chiens. La ville est donc souillée, ce qui est mal perçu par rapport à la présence du chien. Quant aux chats, ils sont en phases avec la vie moderne, ils ne la compliquent pas, ne la surchargent pas, ils peuvent rester seuls. »

Les NAC ne remplacent pas les chiens

Selon le docteur Klein, l’animal familier a conquis un espace au sein des familles, même monoparentales. Les enfants qui sont en déficit de tendresse réclament instinctivement un animal. Leur présence calme et apaise les anxiétés. Le rapport de l’homme aux animaux a énormément changé depuis qu’il a commencé à exercer sa profession, à la fin des années 1940. En revenant sur ses premières années de pratique, il se souvient qu’à l’époque, il était assez rare d’avoir un animal de compagnie. Les chiens et les chats étaient alors tenus pour quantité négligeable. Seules les personnes âgées et les chasseurs en possédaient.
L’un des grands changements enregistrés au cours de ces dernières années aura été l’arrivée des NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie) dans les foyers. Contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, ce spécialiste des fauves, des ours et des animaux sauvages n’est pas choqué par le phénomène. Il observe d’un œil bienveillant le fait que nous soyons attirés par toutes sortes d’animaux. Pour lui, c’est le contact avec les animaux qui est important. « Pour ma part, je n’utilise pas le mot « sauvages » à leur propos. Je dis simplement que ces animaux ne devraient pas dépendre de l’homme. Les animaux sont bien moins sauvages que les hommes, Il n’y a pas d’assassins parmi eux. Toutes les Bêtes en captivité, ainsi que les NAC sont les ambassadeurs de leur espèce auprès de nous. Les chiens nous ont aidés à vivre et à survivre depuis les temps les plus anciens. Les Nacs , de même que tous les animaux de compagnie nous aident en tant que thérapie sur le plan psychoaffectif!  »

Toujours en combat

Aujourd’hui, le docteur Klein participe toujours à une émission de radio locale, et reste actif dans le monde animal. Il n’a rien perdu de son amour des animaux, de cette communication étonnante qu’il semble partager avec eux, ni de sa fougue lorsqu’il s’agit de leur venir en aide. Notamment à propos d’une cause qu’il a toujours défendue: « Se débarrasser de son chien ou le faire piquer avant de partir en vacances est une chose inadmissible et abominable que je ne peux accepter. Je ne supporte ni la cruauté, ni l’indifférence envers les bêtes. Donc, je réagis. »

CRI D’ALARME

Depuis plus de trente ans, le docteur Klein attire l’attention sur un phénomène inquiétant: l’homme prend toute la place sur la planète, au détriment des espèces animales. Or, affirme-t-il, si les animaux disparaissent, cela signera la mort de l’Homme. « Nous savons que si, sur un territoire déterminé, une espèce prolifère, les autres sont obligées de céder la place. Mais celle qui se retrouve seule finit par disparaître. Nous nous sommes accaparés la planète, et la disparition des nombreuses espèces animales alors que l’espèce dite humaine prolifère d’une façon exponentielle, nous fait courir droit dans le mur. Je pose ce diagnostic clinique mais, malheureusement, il n’est pas facile de proposer de solution thérapeutique… »
Pour lui, la question est très simple: comment trouver un équilibre biologique dans l’écosystème planétaire, où chacun puisse trouver une place vitale acceptable?

Martine Bernier

En savoir plus:

- « L’avocat des bêtes », Docteur Michel Klein, Editions Anne Carrière, collection Document.

( 22 novembre, 2009 )

Eugène Chaplin: « Ma vie d’hier et d’aujourd’hui »

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Fils de Charlot, Eugene Chaplin est l’un des hommes les plus adorables qu’il m’ait été donné de rencontrer, début 2007. Il porte en lui une gentillesse authentique et une humilité qui le rendent profondément attachant. Amoureux du cirque comme le fut son père, Eugène, l’un des enfants du prestigieux Charlot, il vivait à cette époque au rythme des tournées du cirque Nock. Et m’a livré la douce philosophie qui est la sienne avant de reprendre la route pour une nouvelle saison.

Eugène Chaplin a un sourire rayonnant qui n’est pas sans rappeler celui de son père, l’inoubliable Charlot. Cette référence perpétuelle ne l’agace pas. Fidèle à la mémoire et au talent de son géniteur, cet homme discret a lui aussi fait son chemin, sous d’autres projecteurs.
« J’ai suivi une école de théâtre, en Angleterre, mais j’ai vite compris que l’homme de la situation, ce n’est pas l’acteur , mais celui qui conceptualise le spectacle: le metteur en scène. C’était ma voie. Au cirque, la mise en scène est plus facile. Il n’y a pas de paroles. On joue avec les émotions… »

À Lausanne où le cirque Nock, dont il est régisseur, replantera son chapiteau pour quelques jours ce printemps, l’artiste se confie sans fausse pudeur, tout en délicatesse. Le cirque lui permet d’allier son amour du spectacle avec le goût des autres, son attachement aux animaux et à la nature.

Les animaux, Eugene Chaplin les aime depuis sa plus tendre enfance. Au Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey, ses parents, Charlie et Oona Chaplin, ont eu à cœur d’entourer leurs enfants de compagnons à quatre pattes. « Nous avions des poneys, des chiens, des chats… Pour les enfants, la présence d’un cochon d’Inde ou d’un hamster, qui sont des animaux qui ne vivent pas très longtemps, les confronte à la mort. La première fois qu’un animal meurt, c’est un drame. La deuxième fois, on pleure, puis, tout en étant toujours triste, on s’habitue. On l’accepte, même si cela fait mal au cœur, et on intègre peu à peu l’idée de la mort. »

Aujourd’hui, C’est Lili, une chienne bouledogue, qui l’accompagne au quotidien. Celle-ci a tout pour plaire, comme son maître l’explique en riant, tout en s’excusant de ne pas pouvoir nous la présenter  » Je suis désolé, Lili n’est pas avec moi. J’ai préféré la laisser à la maison jusqu’ici. Elle est un peu fragile. Elle a déjà 8 ans. Comme les bouledogues ont une vie plus courte que les autres chiens, je préfère la ménager. En dehors de cela, c’est le chien idéal: il dort tout le temps, est très calme et joue deux heures par jour! Le bouledogue a une sale tête, mais il est très affectueux. Lili est très maladroite. Elle passe à travers les baies vitrées, ronfle la nuit, dort avec la langue qui pend. Elle adore s’asseoir devant la cage des tigres et les regarder comme si elle se demandait « je joue avec eux ou je les attaque? ». Elle est drôle et charmante. Et j’avoue que, quand elle n’est pas là, elle me manque. »

Dans le cadre du cirque Nock qu’il accompagne dans sa tournée le metteur en scène côtoie bien d’autres animaux. Ceux de la ménagerie. En la faisant visiter, il s’attarde devant chaque cage, chaque enclos: « Enfant, nous avions deux chevaux miniatures, plus petits encore que ceux que vous voyez ici. Plus tard, nous avons aussi récupéré des cochons vietnamiens, que nous avions appelés Charles et Diana! Ce sont des animaux qui s’éduquent comme les chiens. »
Au passage, Eugène flatte de la main un bœuf de la ménagerie: « Il est spécialement gentil… ». Chez les lamas, il sourit: « Oui, c’est vrai qu’ils crachent, mais rarement. Il ne faut pas les énerver… » Devant la cage aux tigres, il désigne un tigron, croisement entre un tigre et un lion: « C’est Trischa, la plus douce de toutes. Regardez-la… Elle est très attachée à sa compagne de cage. Les tigres sont comme les hommes. Certains s’entendent, d’autres pas… »

L’ADIEU AU MANOIR

A la fin du mois d’avril 2006, Eugène, qui est le cinquième des huit enfants de la famille Chaplin, a quitté le Manoir de Ban. Celui-ci deviendra un musée dédié à son père et au cinéma muet, et pourrait ouvrir ses portes en 2007. Quitter la maison de son enfance et les arbres centenaires du parc représente une page qui se tourne pour le metteur en scène: « J’ai fait le deuil de la maison car je la quitte pour une bonne raison. Avec 24 chambres, l’entretien était trop lourd à supporter. Je l’ai occupée pendant près de dix ans avec mon frère. Mais je ne ressens pas trop de nostalgie. Je vois la vie comme un chapitre, et je me réjouis de découvrir la suite du livre… »

« LA SUISSE EST SI BELLE… »

Depuis qu’il a intégré l’équipe du Cirque Nock comme régisseur, Eugène Chaplin avoue avoir découvert des lieux, en Suisse, où il ne se serait jamais rendu sans cette opportunité. « La Suisse est vraiment très belle… Je connaissais bien l’arc lémanique, mais j’ai complété ma connaissance. Neuchâtel est une belle ville, Fribourg a ses attraits, Bâle est formidable, le Tessin est d’une grande beauté, et les Grisons sont magnifiques… C’est là, en voyant ces sommets de 4000 mètres où la neige commence à fondre, que j’ai vraiment réalisé ce qu’était le réchauffement de la planète. Je ne suis pas spécialement Vert, mais il y a matière à réfléchir. Selon moi, la nature va prendre les choses en main, comme toujours. Il va y avoir des bouleversements climatiques qui feront malheureusement des victimes. Puis une nouvelle vie recommencera. Je sais que, à la fin, la nature sera la plus forte… »

Martine Bernier

+ D’INFOS

- Toutes les dates de la tournée du cirque Nock se retrouve sur le site: www.nock.ch
- Pour en savoir davantage sur le musée Chaplin, aujourd’hui ouvert: http://www.chaplinmuseum.com/

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