( 20 janvier, 2010 )

Michel Bernier: Pas une ride, mais quel talent…

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Paris ne serait pas Paris sans ses spectacles.
En ce début d’année, Michèle Bernier est à l’affiche, au Théâtre de la Renaissance, avec son dernier One Woman Show: « Pas une ride ».
Et une fois de plus, elle navigue sur un fil entraînant les spectateurs très exactement là où elle le veut: aux sommets du rire ou au coeur de l’émotion

Avec un sens de l’auto-dérision aiguisé, elle nous présente sa vie de femme de cinquante ans, sans fard, uniquement poudrée d’un sérieux voile de drôlerie.
Et là, tout y passe… ou du moins tout ce qui énerve, agace et révolte:

- Le culte du jeunisme
- La beauté
- Le poids
- La perte des parents
- Les joyeusetés liées à l’âge, comme le passage obligé par la mammographie, moment ô combien romantique dans la vie d’une femme
- Le départ des enfants
- Les rencontres d’un soir
- Le temps qui passe, ce que certains ne se privent pas de nous rappeler

Il suffit de croiser les regards de connivence entre les femmes du public pour réaliser que chacune se sent concernée. Mais, à voir les réactions des hommes, dans la salle, ils ne restent pas indifférents eux non plus face à l’humour de la comédienne.

Avec le talent de l’artiste, la mise en scène cinématographique, la musique presque entièrement originale à l’exception de quelques rappels aux années 70, et la puissance des textes, l’ensemble donne un cocktail détonnant, 1h45 au cours desquelles les spectateurs sont scotchés et ne voient pas le temps passer.

Décapante, tendre, très drôle, Michèle Bernier réussit à faire rire tout en étant émouvante.
Sa sensibilité et son humour font merveille.

Martine Bernier

THEATRE DE LA RENAISSANCE
Paris
20, bld St Martin
75010 PARIS
du 08/01/2010 au 30/06/2010.

( 22 novembre, 2009 )

Michel Boujenah: Le Coeur en Provence

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Dans l’appartement qu’il occupe avec sa famille à Paris, Michel Boujenah semble de passage. Son véritable « chez lui » se trouve à St Paul-de-Vence, loin du bruit de la ville. Entre ses films, ses spectacles et ses responsabilités de directeur du Festival de Ramatuelle, cet homme hypersensible promène sur le monde un regard un peu mélancolique doublé d’un humour à fleur de peau.

« Je vous offre un café? » La fatigue du décalage horaire a beau l’écraser, Michel Boujenah reste un homme du sud. Le sens de l’hospitalité fait partie de lui au même titre que le naturel et la chaleur humaine. Revenu l’avant-veille de Montréal, fêté par ses pairs pour ses 30 ans de carrière, il jette à son appartement un regard de survivant en lançant: « Vous vous rendez compte… hier, il y avait dix enfants ici pour une fête d’anniversaire! » Tout le charme de l’humoriste est dans ce regard à la fois amusé et vaguement perplexe. Son amour pour ses enfants, âgés de 8 et 10 ans, transparaît au détour de ses phrases. Tout comme ce goût des autres qu’il a utilisé pour créer les personnages attachants de ses spectacles. Ceux-ci sont épicés comme le sont ses souvenirs d’enfance, dont les racines sont plantées à Tunis où il a vécu ses premières années au bord de la mer. « Mes premiers souvenirs sont liés à l’odeur de la peinture bleue qu’il fallait souvent utiliser pour repeindre les volets et les portes abîmés par l’air marin. Les pigments de la peinture avaient un parfum particulier que j’adore. J’aimais aussi beaucoup celui de l’iode, les soirs d’été quand la mer remonte. Et puis, il y avait le jasmin, partout… J’en ai planté dix dans mon jardin, dans le sud de la France, en sachant parfaitement que tous ne survivraient pas. J’ai pu en sauver quatre, qui embaument.  »

Parfums d’enfance

De son enfance en Tunisie, le comédien parle avec une chaleur teintée de nostalgie. Il raconte comment, le matin, il partait chercher les beignets fraîchement cuits dans l’huile pour les ramener à son père avant qu’il ne parte au travail. Il parle de la douceur de vivre, puis du déchirement ressenti, alors qu’il avait 11 ans, lorsque, avec sa famille, il immigre en France. « Quand je vois ce qui se passe en Afrique, j’ai honte de dire que j’ai été malheureux en arrivant à Paris. Mais il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur. Nous vivions à six dans deux pièces, mais, au moins, nous n’étions pas à la rue. J’étais en révolte totale contre cette situation. J’ai connu le racisme: j’étais un arabe de confession juive. J’ai beaucoup souffert, mais j’ai revendiqué mes racines, et cela m’a porté tout au long de ma carrière. »

Un havre en Provence

Aussitôt qu’il le peut, Michel Boujenah s’échappe avec les siens, vers sa maison de St-Paul-de -Vence, sur la Côte d’Azur. Il avoue ne pas aimer les villes, ne se sentir bien que dans la campagne, près de la mer « y compris la Manche, pourvu que ce soit la mer! ». Dès qu’il débarque dans sa maison de Provence, il retrouve un univers de liberté, pratique l’art de la sieste et… file à la pêche! Mais pas n’importe quelle pêche… « Je pratique la pêche en mer, avec mes copains. Ma spécialité, c’est la dorade. D’ailleurs, ma fille en a dessiné une que j’ai mise sous verre. Cette pêche, c’est une école de la patience. Nous partons de nuit, vers 18 ou 19 heures, nous posons nos lignes et nous attendons souvent très longtemps. Nous mangeons sur le bateau, nous discutons… Puis, quand il y a une touche, il faut être adroit. Le poisson peut se débattre, il faut le ramener tout en douceur. Je ne pêche que ce que je mange, et je remets toujours le reste à l’eau. »
Lorsqu’il parle de son jardin en Provence, Michel Boujenah a des étoiles dans les yeux. De ce terrain de 6000 m2, il cultive la moitié et laisse l’autre en paix. L’artiste voue une véritable passion aux arbres. En arrivant, le jardin ne contenait qu’un olivier et un figuier couché. Ils ont été rejoints par beaucoup d’autres, tous plantés de ses mains, sous le soleil du sud qui lui est si cher. Comme il le précise en souriant, si à Paris, il écrit, réalise ses films, monte ses spectacles, joue… à St Paul-de -Vence, il vit, tout simplement.

Nourriture sacrée

« La cuisine est pour moi la pièce maîtresse de la maison. La mienne est décorée avec les tableaux de mes enfants. Elle a une âme. Je fais très attention à ce que j’avale, mais j’adore bien manger et cuisiner. La nourriture, pour moi, c’est sacré. Par exemple, je déteste que l’on jette le pain. Chez moi, on l’embrassait avant de le manger. La nourriture tunisienne est composée de beaucoup de grillades, de salades, de couscous. Mais j’adore aussi la cuisine japonaise, chinoise, italienne, la fondue au fromage et… la raclette! »
Martine Bernier(printemps 2008)

( 22 novembre, 2009 )

Michel Boujenah: Toute la chaleur du Sud

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Il a le regard bleu comme les eaux de la Méditerranée qu’il aime tant. Mais, surtout, il a cette sensibilité à fleur de peau qui fait de lui un écorché vif, atteint par les douleurs du monde. Rencontre avec un homme déraciné dont l’humour tendre et décapant, cohabite avec des failles et des douleurs avec lesquelles il apprend à vivre jour après jour. Un bel humain qu’il est difficile de regarder autrement qu’avec tendresse.

- Vos premiers souvenirs d’enfant, vous les avez à Tunis, où vous êtes né…
Oui, je me souviens du parfum du jasmin, de l’odeur de la peinture bleue utilisée pour repeindre les volets et les portes. Il fallait les repeindre souvent, au bord de la mer… Je me souviens aussi des beignets que j’allais chercher, le matin, avant que mon père ne parte travailler. Il était médecin et je ne le voyais que rarement.
- Enfant, vous avez été très malade…
J’avais une décalcification des deux épaules. J’ai dû me faire opérer plusieurs fois. J’étais réellement malade, mais je pense que quelque chose en moi s’arrangeait de cette maladie qui me permettait d’attirer sur moi l’intérêt de mon père.
- Comment avez-vous vécu votre arrivée en France, lorsque vous aviez 11 ans?
Très mal. Quand je vois ce qui se passe en Afrique, j’ai honte de le dire: après tout, nous n’étions pas à la rue. Mais il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur. J’étais déraciné. Avec ma famille, nous nous retrouvions à vivre à six dans un appartement de deux pièces. J’étais très triste, en révolte totale contre tout cela. Comme j’étais Arabe de confession juive, ce n’était pas facile. J’ai connu le racisme, j’en ai beaucoup souffert.
- Quand les choses ont-elles commencé à s’améliorer?
Au bout de deux ans, j’ai eu un professeur de math qui portait presque le même nom que moi. Il était gentil avec moi, et je me suis senti un peu mieux. Mais je continuais à dire “eux” lorsque je parlais des Français… Je ne me sentais pas chez moi, pas intégré.
- Puis est venu le temps où vous avez revendiqué vos racines…
Oui. J’ai commencé à faire du théâtre. Vers 24 ans, j’ai décidé d’assumer ce que j’étais, et j’ai fait vivre des personnages à travers mes propres spectacles. Je me suis senti beaucoup mieux!
- Depuis trente ans, le public vous suit. Quelle relation avez-vous avec lui?
Mon rôle est de faire rire. Je vis dans le présent de la représentation avec les personnes venues me voir, et je donne beaucoup d’amour, de tendresse. Mais j’en reçois aussi énormémement. Les applaudissements, à la fin d’un spectacle, c’est toujours un moment profondément émouvant.
- Quel a été votre plus beau souvenir professionnel?
Le jour où j’ai joué la première représentation de mon premier spectacle “Albert”, en Tunisie. Et la dernière, à l’Olympia de mon autre spectacle, “Les Magnifiques”. Dans les deux cas, c’étaient des moments très forts…
- Avez-vous un regret?
Oui.. mais vous n’allez pas me croire! Je regrette de ne pas avoir été plus loin dans la pratique du tennis. J’étais très bon, mais mes problèmes de santé m’ont empêché de poursuivre. Je regrette aussi de ne pas avoir été pédopsychiatre. Et, surtout, je regrette le temps qui passe… J’aimerais que les journées comptent au minimum 92 heures!
- Vous avez un appartement à Paris, vous retournez souvent en Tunisie où vous êtes chez vous, mais, en France, votre coin de paradis se trouve à St Paul-de-Vence.
Je déteste Paris, les villes en général. J’ai besoin du calme de la campagne, j’adore la mer. Même la Manche, tiens, pourvu que ce soit la mer!
Le sud de la France me fait un bien fou. Je m’y sens beaucoup plus libre. Je retrouve mes marques: j’y fais la sieste, je vais pêcher en mer avec mes amis. Notez que je ne pêche que ce que je mange: le reste, je le remets à l’eau! J’aime ces heures passées entre copains, j’aime ma cuisine, là-bas. C’est la pièce maîtresse de la maison, elle a une âme, décorée avec les tableaux de mes enfants. Nous y passons tout notre temps. J’aime les arbres. Quand je suis arrivé là-bas, il n’y avait qu’un olivier et un figuier couché. J’ai planté tout le reste. Y compris le jasmin, pour retrouver le parfum de l’enfance.
- Vous préparez en ce moment un nouveau spectacle: “Enfin libre”. De quoi parlera-t-il?
Au bout de trente ans de carrière, j’ai aujourd’hui la liberté de faire ce que je veux. La liberté est une expression luxueuse… Ce spectacle parle des choses qui me préoccupent en ce moment, de la difficulté d’être soi-même. Il parle beaucoup d’amour, de la déchéance, de la pauvreté. Je crois que l’on peut être soi-même tout en regardant le monde, en s’y intéressant.

Propos recueillis par
Martine Bernier (printemps 2008)

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