( 24 juillet, 2010 )

« La manipulation affective dans le couple: faire face à un pervers narcissique. » Interview des auteurs

Toute femme ayant vu sa vie brisée par un homme pervers narcissique sait qu’il lui faudra des années pour se reconstruire…. si elle arrive à se relever un jour.
L’infinie détresse engendrée par le comportement de ces personnages est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions, à travers des décisions politiques essentielles et une loi novatrice adoptée en France en ce mois de juillet.
Un excellent livre ajoute une pierre majeure à cet édifice.
« La manipulation affective dans le couple. Faire face à un pervers narcissique » est sorti en février 2010 et a déjà été réimprimé quatre fois.
C’est dire l’importance de cet ouvrage dont les auteurs, Pascale Chapaux-Moreli et Pascal Couderc, font salle comble dès qu’ils donnent des conférences à travers l’Europe.
Tous deux ont accepté une interview dont voici la teneur.

- Pourriez-vous vous situer afin de préciser à quels titres vous vous êtes lancés dans l’écriture de ce livre?
Pascale Chapaux-Morelli: je suis présidente de l’Association d’aide aux victimes de violences psychologiques, et Pascal est psychanalyste, psychologue-clinicien et spécialiste des addictions.

- Vous expliquez que les victimes de pervers narcissiques sont des femmes, pour la quasi totalité. Comment expliquez-vous ce phénomène?
Pascal Couderc: Quelques rares hommes, dans les conférences que nous avons données ont pris la parole pour présenter leur situation qui ressemblait beaucoup à celles que peuvent subir les femmes, mais ils sont rares. Comment expliquer que ces pathologies soient masculines? Historiquement, les hommes ont toujours possédé le pouvoir. Mais cette situation évolue au niveau institutionnel. L’homme doit donc avoir recours à d’autres stratégies pour reprendre ce pouvoir qui lui échappe. Je reçois presque uniquement des femmes dans le cadre de mon travail. La souffrance féminine est énorme. Cela ne veut pas dire qu’aucun homme ne souffre dans son couple. Mais en général, les hommes conservent un petit terrain secret où ils se réfugient pour éviter la souffrance extrême. Ceci dit, leur malaise ne doit être ni nié ni méconnu.

- Y a-t-il des signes permettant de reconnaître un pervers narcissique avant qu’il ait eu le temps de ruiner votre vie?
P.C.: Oui. Au départ tout est idyllique. Systématiquement, les femmes disent « c’était parfait, sauf… » Car il y a toujours un petit quelque chose de dissonant. Il existe une connaissance inconsciente que quelque chose ne va pas. Au début de l’histoire, on l’occulte. Puis, malgré l’état amoureux, certains détails interpellent.
Lorsque l’un des partenaires change subtilement la vie de l’autre, impose à l’autre sa façon de vivre, ses décisions, ses choix, finit par faire douter sa partenaire, lui fait perdre son estime d’elle-même, nous sommes en présence d’un pervers narcissique. Au final, votre vie a totalement changée. Si vous êtes devenue dépendante de l’autre à tout point de vue, qu’il en est arrivé à vous faire douter totalement de vous, il faut consulter.

- Vous soulignez, dans votre livre, que le pervers narcissique a un talent particulier: celui de renverser les rôles et de faire passer la femme pour responsable tout en se faisant passer, lui, pour une victime. Vous écrivez notamment:  » Il lui est nécessaire de maîtriser son environnement pour le rendre conforme à sa pensée ».
P. C-M.: On se retrouve ici dans le même schéma que pour celui des femmes battues. La violence psychologique est beaucoup plus subtile, plus perfide. La première fois que je reçois une femme qui en est victime, elle me dit toujours la même chose: « Je voudrais comprendre ce que j’ai pu faire pour déclencher cela…. » Elle se croit responsables alors que c’est le partenaire qui l’est.

- Un pervers narcissique ressent-il de la culpabilité lorsqu’il a détruit une vie?
P.C.: Non, jamais. Ni culpabilité, ni souffrance, ni remords. Il niera la souffrance de sa partenaire, lui dira qu’elle se fait passer pour une victime. En revanche, il mettra en scène sa propre pseudo douleur, mais de manière froide. De plus, ce genre d’hommes sont de très mauvais perdants, très procéduriers. C’est un type d’hommes en général très intelligents. Ils ont le plus souvent une bonne situation, des capacités intellectuelles importantes, sont brillants. Plus ils sont intelligents plus ils sont redoutables. Ces hommes ne consultent pas. Ils manipulent tout le monde, y compris les thérapeutes. Face à eux, il faut des professionnels chevronnés.

- Un tel homme peut-il changer?
P.C.: Non. Il changera de partenaire, mais pas de pathologie. Ce n’est pas quelqu’un qui se remet en question.
Nous faisons face ici à deux pathologies associées: une structure perverse et une pathologie narcissique. La femme souffre d’un manque d’amour d’elle-même. Lui aussi est en manque, mais, contrairement à elle, il ne souffre pas. Il prend chez l’autre ce dont il a besoin, se nourrit de l’autre avant de passer à autre chose. Ces hommes s’aiment avec vanité, ils s’expriment à travers la vanité.

- Vous notez d’ailleurs dans le livre « Il n’a rien. Ni la souffrance, ni le souvenir de la souffrance, ni la substance. » Que peut faire une femme face à un tel partenaire?
P.C.: Etre vigilante, et, si elle le peut, partir dès qu’elle sent que quelque chose n’est pas normal. Lorsque le mal est fait, ce sont des femmes brisées que nous recevons en thérapie, souvent au bord du suicide. Il faut très longtemps pour qu’elles se reconstruisent.
P.C.-M.: Ce problème est pris de plus en plus au sérieux. Davantage d’informations circulent sur le sujet. Et désormais, en France, on peut s’appuyer sur une grande avancée politique. La loi du 10 juillet 2010 a été votée et le décret d’application interviendra d’ici l’automne. Cette loi concerne la violence psychologique. Elle a créé le délit de violence psychologique qui a servi de base aux femmes pour qualifier et reconnaître ce qu’elles vivent. Les hommes reconnus coupables encourront les mêmes peines que ceux responsables de violences physiques. Elles pourront aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 75’000 euros d’amende. La France fait ainsi partie des pays européens pionniers en la matière.

Martine Bernier

Site: www.violencespsychologiques.com »
« La manipulation affective dans le couple. Faire face à un pervers narcissique », Pascale Chapaux-Moreli et Pascal Couderc, Editions Albin Michel.

( 22 juillet, 2010 )

Malte: île à jamais sacrée…

images2.jpegimages11.jpeg
Au niveau de la visite historique, Malte est, parmi les lieux que j’ai visités, celui qui m’a le plus marquée avec, sans doute, Samarcande.
Le Musée archéologique de Malte l’affirme en grosses lettres: l’archipel maltais abrite, avec les sites d’Hagar Qim, de Mnajdra et de Ggantija, les plus anciens édifices de pierre du monde.
L’ère de ces temples mégalithiques, entre 4250 et 2500 avant Jésus-Christ, situerait la civilisation maltaise bien avant la civilisation Egyptienne ou la création de Stonehenge.
Des dates encore en dessous de la réalité, estiment les médias locaux.
Selon eux, ces périodes indiquées par le musée seraient fausses. Les temples maltais auraient plus de 15’000 ans.
L’un d’entre eux, récemment découvert sous la mer, en serait la preuve. Il aurait été construit avant que les eaux de la Méditerranée n’aient monté de 60 mètres, à cette époque lointaine.
Loin de ces débats archéologiques, la population de Malte et Gozo maintient tout naturellement la réputation de l’île.
Avec les trente-cinq temples et cent cinquante lieux saint découverts, et ceux vraisemblablement encore enfouis, Malte est considéré comme une île sacrée.
A-t-elle été, comme le pensent certains, un lieu de pèlerinage comme le sont aujourd’hui Rome ou la Mecque?
Difficile à affirmer.
Mais les Maltais, en matière de spiritualité, semblent ne rien avoir à envier à leurs ancêtres.
Avec 365 églises, neuf en construction, deux cathédrales et 400 chapelles pour 345’000 habitants, uniquement sur l’île principale, ils perpétuent une tradition bien ancrée. Gozo, la verdoyante petite sœur, dite « Île de Calypso », n’est pas en reste, disposant d’une cathédrale et de 65 églises pour à peine 30’000 habitants.
Profondément catholiques, les maltais pratiquent leur religion avec ardeur. Le dimanche, les églises sont pleines à craquer. Les préceptes dictés par le pape sont ici suivis avec fidélité.
Si les cathédrales maltaises offrent une profusion de richesse, les églises paroissiales illustrent davantage les goûts de la population.
Celle-ci ne se fait pas prier pour financer largement ses lieux de cultes.
Pour la peine, les édifices sont représentatifs des particularités de l’endroit.
Ainsi, sur l’église du port de Marsaxlokk, une Vierge aux bras ouverts trône dans une barque, protégeant symboliquement les pêcheurs.
Ces derniers continuent d’ailleurs à peindre sur la proue de leurs barques les « Yeux d’Osiris », destinés à chasser le mauvais sort lors de leurs sorties en mer.
Hommes ou femmes, jeunes ou vieux, les fidèles n’ont aucun complexe à afficher leur foi.
Ce qui ne les empêche pas pour autant d’être de bons vivants, appréciant la fête, les feux d’artifices (trente fabriques ont été construites sur l’île, afin de satisfaire le goût immodéré des habitants pour les fusées lumineuses) et la bonne chair.
Fiers mais peu dupes du passé de leur île, beaucoup se disent descendants des Chevaliers de Malte… dont l’un des quatre vœux étaient pourtant celui de chasteté!

Martine Bernier

Malte côté pratique

- Carrefour de la Méditerranée, la République de Malte se trouve à mi-chemin entre Gibraltar et Port Saïd, entre la Sicile et l’Afrique du nord.
- L’archipel maltais est composé de trois îles: Malte, Gozo et Comino ainsi que d’affleurements rocheux sauvages, peuplés de lézards et d’oiseaux migrateurs.
- Les deux langues officielle sont le maltais et l’anglais.
- Se déplacer en voiture à Malte est une expérience… déroutante. La conduite s’y fait à gauche, comme il se doit dans cette ancienne colonie britannique. Mais en dehors de cette règle de base, le code la route n’est que très succinctement respecté.

A ne pas manquer

Malte est une île surconstruite. Mais sa richesse historique est indéniable. Plusieurs de ses sites sont classés patrimoine mondial par l’Unesco.
A découvrir:
- La Valette, actuelle capitale de l’île, a été construite par les chevaliers. Incontournables: le Palais des Grands Maîtres, le Musée national d’archéologie, et la cathédrale St Jean.
- L’Hypogée de Hal Saflieni: temple mégalithique souterrain unique au monde où seuls dix visiteurs par heure peuvent s’engager.
- Mdina, cité médiévale fortifiée, ancienne capitale de Malte.
- Les temples mégalithiques, plus anciens que les pyramides.
- La baie de Marsaxlokk et ses bateaux de pêche traditionnels, colorés et porteurs du « regard d’Osiris ».
- Gozo, l’île de Calypso est un lieu verdoyant. A voir: la Fenêtre d’Azur, arc en pierre sculpté par la nature, au Dwejra Point.
- Comino est la plus petite des trois îles. Elle ne compte que quatre résidents permanents et un hôtel, destiné aux amateurs de sports nautiques.

( 4 juillet, 2010 )

Christophe Abbet: L’alchimiste de l’Ambre

A Martigny (VS) Christophe Abbet a acquis ses lettres de noblesse jusqu’à devenir l’un des grands noms du vin suisse. Chaleureux, sagace et naturel comme l’est son vin, il s’attache à conserver une dimension artisanale à sa production, dont le raisin mûrit au soleil de Fully.

On dit de lui que c’est un artiste du vin, un maître incontesté, le « Sorcier de Martigny ». Christophe Abbet est avant tout un personnage attachant et subtil. Son parcours dans le monde du vin est atypique. Contrairement à beaucoup de ses pairs, il n’a pas repris un domaine familial. « Mon père était homme de loi, explique-t-il. Il avait un peu de vigne, pour le plaisir. J’ai choisi de devenir vigneron par élimination. Je savais ce que je ne voulais pas faire. J’aimais la nature, la forêt. Finalement, j’ai suivi des études pour être technicien en viticulture et œnologie, dans l’idée de travailler ensuite pour d’autres personnes. »
Son diplôme en poche, en 1987, le jeune homme est engagé sur différents domaines valaisans. L’un de ses employeurs le paie en raisins surmaturés, qu’il commence à vinifier. Ce vin liquoreux deviendra « L »Ambre », un joyaux aujourd’hui décliné en cinq millésimes, à la réputation mythique parmi les amateurs de grands crûs. Lorsque la personne qui lui fournit son raisin doit se séparer de sa vigne, Christophe Abbet rachète l’une d’elles pour pouvoir continuer à élever son Ambre, issue d’un assemblage d’Arvine et d’Ermitage. De fil en aiguille, il rachètera et louera d’autres parcelles, toutes sur Fully, et vinifiera dans les caves antiques de Martigny Bourg où il concentre son faisceau d’activités. Depuis un an, avec sa compagne Carine, il s’est installé dans une ancienne forge et le dit en souriant: il a enfin trouvé l’endroit où il se sent heureux et où ses flacons sont présentés dans de bonnes conditions.

Poésie dans le vin

Orfèvre de la vinification, cet artiste en son genre entretient avec ses vins une relation à la fois authentique et réfléchie. Christophe Abbet ne parle jamais pour ne rien dire. Mais lorsqu’il s’exprime, ce sont des mots teintés d’une poésie dénuée de naïveté qu’il utilise pour parler de la vie et des vins. Il explique qu’il souhaite que les siens soient « accessibles et entiers », à la fois sans compromis mais simples d’accès. Des vins qui lui ressemblent.
S’il est conscient des qualités de son travail, il reste d’une humilité parfaite, presque surpris d’être reconnus par ses pairs et les plus grands connaisseurs. Pour lui, réussir un bon vin demande un grand sens de l’écoute. Ecoute de la nature, du breuvage et de son évolution, des personnes qui le goûtent. « Chaque vin est une aventure. Il a une vie autonome, mais vous y projetez votre tempérament, vos humeurs, vos expériences. Je ne prends jamais de décisions trop rapides lorsque l’un d’eux ne me semble pas évoluer dans le bon sens. Il se peut que mon impression corresponde à mon humeur du moment. Donc j’attends. Et à la dégustation suivante, je réalise souvent que j’ai eu raison de ne pas me précipiter pour intervenir. »
C’est sans doute parce que c’est un bel humain que Christophe Abbet signe d’aussi beaux breuvages.

Martine Bernier

Si vous étiez:

- Un cépage: je serais à redécouvrir… La Durize par exemple, un vieux cépage rouge de Fully qui a une maturité si difficile à obtenir qu’il a aujourd’hui pratiquement disparu, mais qui, dans des conditions optimales donnait un vin magnifique.
- Un vin: celui que l’on a envie de boire.
- Un animal: un écureuil car il fait rêver les enfants.
- Une saison: l’automne car c’est là que tout se met en place…
- Un outil: une hache pour le tranchant.

Adresse
Christophe Abbet
Vigneron Eleveur
Rue des Fontaines 16
CP 2035 Martigny

(cet article est passé le 24 juin 2010 dans l’hebdomadaire Suisse « Terre et Nature »)

( 1 juillet, 2010 )

Mani: des mains d’artiste

p1000244.jpg

J’ai vu cette photo, et j’ai eu un coup de coeur.
Je venais de découvrir Mani, sculpteur de son état.
Il est très rare de rencontrer des oeuvres contemporaines à la fois belles et ne ressemblant à rien de ce qui a été fait jusqu’ici.
Pour ce visage, c’est le cas.

J’ai lu deux ou trois choses parlant de cet artiste né dans le nord est de la France, j’ai écouté quelqu’un m’en parler.
Ses premières découvertes du bois, Mani les a faites dans l’atelier de menuisier de son père.
Depuis, il n’a plus pu s’en détacher.
Etudes de sculpteur ornemaniste suivies d’années de pratique du métier auprès d’ébénistes… puis, un jour, il part faire un stage dans l’atelier d’un artiste sculpteur.
Celui-ci s’enthousiasme pour le travail de son élève, et l’encourage à persévérer.
C’est ce qui provoquera le déclic: Mani va désormais se consacrer entièrement à la création.
Depuis, ses œuvres sont exposées dans de nombreuses villes d’Europe, certaines ont fait l’objet de commandes publiques.

Son style a évolué au fil du temps, nous dit-on.
Elles sont passées du réalisme à la subtilité permettant simplement d’à peine soulever le voile…
Le poirier sauvage est devenu sa matière de prédilection.
Il en parle merveilleusement: e. « J’ai ouvert l’arbre-livre, je l’ai laissé me raconter ses histoires, j’y ai vu les miennes. Je laisse ma main et ma gouge effleurer ce bois-mémoire comme dans une sorte de jeu divinatoire, un colin-maillard dans un monde poétique et onirique où le flux ascensionnel de l’arbre serait le fil d’Ariane. »

Les mains de Mani sont habitées de ce miracle qui place les artistes dans une autre dimension, un peu au-dessus du commun des mortels.

Si vous habitez dans la région, non loin d’Evian, allez voir son exposition.
Si ce n’est pas le cas, retrouvez le sur son site, il en vaut la peine…

Martine Bernier

Mani exposera au Château de St Gingolph (Suisse) du 16 juillet au 16 août 2010
Du lundi au samedi de 14 à 17h30
Le dimanche de 10 à 12 heures et de 14 à 17h30
Il partagera cette exposition avec l’artiste peintre Nicole Wackenthaler.

http://www.manisculpteur.fr/

( 29 juin, 2010 )

Jacques Perrin: Le gentleman oenophile

images1.jpeg

En Suisse comme à l’étranger, Jacques Perrin est devenu en 25 ans une sommité dans le monde du vin et de la gastronomie. Négociant à la tête de Cave SA, à Gland, cet oenophile raffiné, toujours en quête de découvertes a un parcours de vie à l’image de sa personnalité: étonnamment riche. Né à Sierre (VS), il a toujours su qu’il étudierait la philosophie et la littérature: « A douze ans, avec un petit groupe d’amis, nous lisions Rimbaud, à l’internat de St Maurice. C’était un moyen de nous évader. J’ai ensuite suivi mes études. De là à imaginer que j’enseignerais pendant dix ans, ce n’était pas vraiment ma perspective. J’avais une autre passion à cette époque, la musique rock. J’aurais voulu devenir le Rimbaud des scènes! Mais j’étais sans doute trop conventionnel pour sortir du rang… »

De la philo au vin

A la fin de ses études, il devient le plus jeune professeur de philosophie du Collège Voltaire de Genève.
Tout en enseignant, il se lie d’amitié avec l’écrivain belge Benoît Peeters et entre, grâce à lui, dans l’univers de la gastronomie. « Pour gagner sa vie, il réalisait des repas pour les maisons bourgeoises de Bruxelles. J’ai vu ses livres de cuisine, recopié des recettes et, très vite, j’ai eu envie de m’intéresser au vin. J’ai acheté quelques bouteilles de Bordeaux, je me suis instruit et c’est ainsi que tout a commencé. »
Un petit stage chez le grand cuisinier Frédy Girardet manque de dérouter Jacques Perrin qui songe alors à « se lancer en cuisine comme on rentre dans un monastère ». Mais conscient de l’exigence et de la dureté du métier, et peu désireux de devoir y sacrifier ses passions pour le vin, la littérature ou la philosophie, il préfère s’abstenir.

De l’apprentissage à la reconnaissance

En 1984, avec des amis rencontrés lors d’un cours à Changins où il suit un petit cursus de négociant en vin, il décide d’ouvrir le premier bar à vin de Genève, « Le Ballon Rouge », ainsi qu’un club d’amateurs, le CAVE. Deux ans plus tard le bar ferme ses portes, mais, au fil du temps, le club se crée une réputation. « C’était difficile au départ, car je n’étais pas connu. J’ai rencontré le plus de vignerons possible, goûté un maximum de vins, consacrais toutes mes vacances au sujet en découvrant les vignobles du Languedoc, de l’Italie ou du Jura: j’étais un véritable stakhanoviste du vin! En 1987 je me suis lancé sans filet. J’ai arrêté d’enseigner pour ne plus me consacrer qu’à mon entreprise. Tout était à inventer… »
La suite est connue… Négociant et dégustateur respecté à travers le monde, créateur de cours d’œnologie, Jacques Perrin est devenu une référence internationale. Membre permanent du Grand Jury Européen, qui se veut « une alternative sur la cotation des grands vins du monde », il a reçu en 2008 le Grand Prix de la presse du vin, référence suprême dans la profession.
En 2006, cet amoureux de montagne est victime d’un grave accident lors d’une ascension. Dans un livre à la fois pudique et puissant, « Dits du Gisant » , il a écrit le récit poignant des mois qui ont suivi. L’écriture est une autre facette de son talent. Ce livre ne sera pas la dernier. Jacques Perrin fourmille de projets et de rêves dans lesquels l’écriture tient une place importante. Avec sa soif de connaissances, son élégance et ce regard d’une profondeur insondable, cet homme est de ceux qui marquent ceux qui le rencontrent.

Martine Bernier

L’entièreté de cet article est à retrouver sur le numéro de l’hebdomadaire « Terre et Nature » du 24 juin 2010

( 19 juin, 2010 )

Le mystère des pierres qui bougent

b6723d5a38834cc9a63afa8ca17b1c30maxcomputer.jpeg

Dans la boue du désert de la Vallée de la mort, au beau milieu de ce lac asséché formant un paysage lunaire, d’étranges pierres mettent en émoi le monde scientifique depuis longtemps.
Leur particularité? Elles sont mobiles.
Ces pierres, qui pèsent parfois des centaines de kilos, peuvent parcourir des kilomètres en un élan, dit-on.
Les théories avancées par les experts pour expliquer ce phénomène ne sont pas convaincantes pour le moment, ou du moins ne le sont-elles pas aux yeux de tous.
Certains suggèrent que les pierres avancent grâce à la combinaison de vents violents à la surface glacée.
Mais dans ce cas, comment expliquer que plusieurs roches commencent à se déplacer côte à côte, pour ensuite aller à des vitesses et dans des directions différentes?

L’endroit s’appelle « The Racetrak ». « La piste de course »…
Personne n’a jamais été le témoin direct de l’avancement des pierres qui ne bougent que lorsqu’elles sont hors des regards indiscrets.
Isolé du monde, le site, qui se présente comme une surface plane, a été équipé de capteurs, et les pierres de balises GPS pour suivre leurs mouvements à distance.
Et le procédé a fonctionné: les déplacements des pierres ont bel et bien été enregistrés.
Après étude, l’explication apportée confirme l’hypothèse précédente. Les tempêtes d’hiver et les orages d’été inondent une partie du Racetrack. Une fine couche de terre se transforme alors en une boue très glissante et les vents, qui peuvent souffler à 150 kilomètres heures dans la région, poussent les pierres. Une fois « détachées », il suffit d’un vent d’intensité deux fois inférieure pour maintenir le mouvement.

Il reste encore des sceptiques pour estimer que les calculs en physique ne corroborent pas vraiment cette théorie, affirmant qu’il faudrait des vents de plusieurs centaines de km à l’heure pour déplacer certaines de ces pierres.

La polémique scientifique se poursuit, donc.
Et les pierres s’en moquent.
Elles, elles continuent à arpenter leur lac asséché sans rien demander à personne…

Martine Bernier

Publié dans Non classé par
Poster un commentaire
( 14 juin, 2010 )

Les Pleurants de Dijon en voyage

images1.jpeg images11.jpegimages2.jpeg

Les Pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne sont des statues funéraires sublimes et délicates, oeuvres majeures de la fin du Moyen Age.
En ce moment, alors que la planète peste contre les pénibles et continuels bourdonnements qui accompagnent chaque match de la Coupe du Monde de football (les supporters s’en souviendront, des vuvuzellas, ces longues trompettes des tribunes locales donnant l’impression d’avoir un essaim d’abeilles dans la maison…), les trente-neuf Pleurants, eux, voyagent discrètement.
Ils voyagent même loin, puisqu’ils sont partis aux Etats-Unis dans le cadre du réseau Frame d’échanges entre les musées français et américains.

Dix-neuf étapes composent leur périple américain, et, à chacune d’elles, les statues sont rejointes par la quarantième figurine conservée au Cleveland Museum of Art.
Le succès de ces personnages de pierres est tel que le National Gallery fort Art de Washington aimerait les accueillir pendant trois semaines.
Ce serait une nouvelle consécration, mais le maire de Dijon, François Rebsamen, n’a pas encore rendu sa réponse.
Il souhaiterait, explique l’Express, que ces oeuvres fassent escale à Berlin à leur retour en Europe, rejoints par les pleurants restés en France.
Ensuite, en mars 2012, ils feront officiellement leur entrée en grande pompe dans le musée des Beaux-Arts de la ville, actuellement en rénovation mais toujours ouvert au public.

A ceux qui se demandent pourquoi des statuettes de la fin du Moyen Age connaissent un tel succès, on ne peut que leur conseiller d’aller les voir.
J’ai chez moi la copie de l’un de ces pleurants, celle du moine blanc.
Ces statues sont poignantes.
Elles sont d’une beauté mystérieuse et profonde, réalisées avec un talent fou par des artistes d’autrefois qui maîtrisaient à la perfection l’art d’imprégner leurs personnages de sentiments bouleversants pour ceux qui les regardent.

Ces Pleurants, que l’on ne peut admirer que très exceptionnellement sous tous les angles, comme en ce moment aux Etats-Unis, sont devenus des ambassadeurs de l’Art à travers le monde.

Martine Bernier

( 6 juin, 2010 )

Léonard de Vinci: le tableau revenu du passé

images.jpeg

En 2008, Nicola Barbatelli, historien médiéviste, découvre un tableau de 60 sur 44 cm, dans une collection privée de Salerne.
Très vite, il pressent que l’homme d’une quarantaine d’années qui y figure pourrait bien être l’autoportrait de Lénonard de Vincy.
Les cheveux longs et la barbe démesurée, il porte un chapeau noir surmonté d’une plume blanche.

Dès que la nouvelle est connue, le monde de l’art italien part en ébullition.
Vittorio Sgarbi, célèbre écrivain, homme politique et critique d’art estime que ce tableau est un faux peint au XIXe siècle.
Mais Barbatelli insiste.
Il y a trop de similitudes entre l’oeuvre et un portrait du Maître conservé à la Galerie des Offices de Florence pour qu’il mette son authenticité en doute.

Le tableau est donc confié à des experts chargés de l’analyser avec toutes les précautions voulues.
Le portrait subira la détermination de l’essence de bois, la datation au carbone 14, une analyse céphalométrique du visage, une radiographie et l’analyse chimique des pigments.

Les résultats sont tombés en mai 2010: il s’agit bien d’un tableau de Léonard de Vinci.
L’étude graphique de l’inscription « Mea pinxit » (peint par moi) inversée comme le faisait le Florentin, et placée au dos du tableau, a révélé que l’écriture correspondait bien à celle du peintre.
De plus, deux empreintes digitales comparées (l’une présente sur le portrait, l’autre sur un autre tableau de l’artiste) indiquent bien une concordance indiscutable.

Cette découverte est seulement le deuxième autoportrait de Léonard de Vincy, l’autre étant la célébrissime sanguine conservée à Turin.

Et savez-vous quel détail il nous livre sur celui qui fut l’un des plus grands génies de tous les temps?
Il avait les yeux bleus…

Martine Bernier

( 7 avril, 2010 )

Jean-Pierre-Marie Le Hunsec

img2601jpg.jpeg jurajanvier20092.jpg

Il aime les jardins imaginaires…
Découvrir les tableaux du peintre Suisse Jean-Pierre Le Hunsec équivaut à prendre une immense bouffée de joyeuse nature en pleine face.
Sa peinture est joyeuse, exubérante…
Des champs de fleurs, des forêts d’arbres verts et roux, des prairies grasses: ses aquarelles sont un foisonnement de vie et de couleurs, sa peinture est printanière, compréhensibles de tous, et se décline en huiles et en aquarelles, ces dernières étant spécialement vivifiante.
Ses sculptures méritent elles aussi le déplacement, révélant une autre facette du talent de ce tonique artiste carougeois.

Martine Bernier

lamer.jpg

Exposition à la Galerie Les 3 Soleils, route de la Corniche, 1098 Epesses.
Tél. 021 799 23 75
Du 17 avril (vernissage dès 17h30 au 16 mai 2010, ouvert du mercredi au dimanche de 14 à 18 heures ou sur rendez-vous,

Site de l’artiste: http://www.lehunsec.com/

( 12 mars, 2010 )

« Rebondir » du docteur Daniel Dufour: une autre vision de la santé

imgphotoddufour04.jpg

Lire et présenter des livres de toutes sortes est une facette de mon travail.
Des dizaines d’entre eux me passent entre les mains chaque mois.
Avec parmi eux, quelquefois, un ouvrage marquant.
C’est le cas de celui du docteur suisse Daniel Dufour: « Rebondir. Une approche créative pour surmonter les obstacles ».
Ce livre concerne et intéresse chacun d’entre nous, parce qu’il nous parle de nous, de notre santé, de nos émotions.
Il diffuse un message particulier: nous possédons tous les clés pour nous maintenir en bonne santé et pour nous relever après avoir vécu une grande crise.
Ce médecin totalement hors normes, qui a longtemps été chirurgien de guerre, nous propose dans ce passionnant ouvrage d’utiliser les outils essentiels à notre santé. Des outils qui passent par le respect de nos émotions, le savoir inné et la pensée créatrice.
Interview.

- Vous avez un parcours un peu atypique…
Il est un peu bizarre, oui. Dès l’âge de 7 ans, j’ai su que je voulais être médecin, et je n’ai jamais dévié de cette idée, même s’il n’y avait jamais eu aucun docteur dans ma famille auparavant. J’ai suivi mes études à Genève. Elles m’ont déçu, car je n’aime pas beaucoup la théorie. Mais dès que je me suis retrouvé devant des patients, j’ai compris que c’était bien ce que je souhaitais faire.
Un jour, je suis parti  en Rhodésie, qui s’appelle aujourd’hui de Zimbabwe, pour rendre visite à un ami. Là, j’ai rencontré la guerre. J’étais chirurgien orthopédique, j’ai décidé de rester. J’ai travaillé un an là-bas. Puis je suis rentré au CICR (Comité International de la Croix-Rouge), toujours comme chirurgien de guerre. J’ai vécu dans l’urgence pendant plusieurs années, au Liban, au Pakistan, dans tous ces pays en conflit. J’ai ensuite été coordinateur médical, toujours pour le CICR. Je passais du champ opératoire à un champ d’action plus large! J’ai fait des études de médecine tropicale à Londres, puis je suis rentré en Suisse et j’ai fait ce que je pensais ne jamais faire un jour: m’installer comme médecin généraliste, en 1987.

- Face à des patients présentant des problèmes d’Occidentaux protégés des situations de guerre, n’avez-vous ressenti aucune exaspération?
Non… Cette question m’a un jour été posée par une amie alors que je rentrais du Cambodge, travaillant pour l’Ordre de Malte qui lutte contre la lèpre. Je m’étais occupé de lépreux qui vivaient au fond de la jungle cambodgienne. Heureusement, je n’ai jamais fait ce lien, cette comparaison. La souffrance appartient à chaque personne. La misère est parfois beaucoup plus grande ici, avec des personnes qui meurent seules pendant la canicule sans que personne ne le remarque. Là-bas, les lépreux souffrent et sont retirés de la communauté. Mais leurs familles leur rendent visite, leur apportent à manger.

- Vous expliquez dans votre livre que chaque maladie est liée aux événements que nous vivons.
Oui, tout provient d’une émotion mal vécue, ou du fait que nous ne sommes pas dans le moment présent. Cela provoque différentes symptômes, un déficit d’immunité. Lorsque l’on vit dans le présent, on élimine les tensions. Ne restent que celles liées à l’éducation. Nous savons que si nous sommes tristes, il faut pleurer pour évacuer cette peine. Mais l’éducation nous empêche souvent de nous autoriser à exprimer la colère, la tristesse, la joie…

- Vous estimez que nous avons tous en nous les outils pour revenir à la santé. Une personne en pleine dépression a-t-elle elle aussi cette force en elle?

Oui, mais elle va avoir le sentiment d’être culpabilisée parce que je leur dis qu’elles ont en main les clés pour se soigner. On me le reproche souvent. Je dis aux gens: « vous êtes responsables de votre mal-être, mais aussi de votre bien-être. Je n’ai pas le pouvoir de guérir, mais vous l’avez. »
Nous devons utiliser nos outils. Le passé et le futur existent. Et, si l’on est très intelligent, on utilisera le passé pour mieux construire le futur. Mais la clé de tout est de vivre dans le présent, en exprimant ses émotions.

- Vous n’infantilisez pas vos patients, au contraire, vous les responsabilisez, apportant une vision très personnelle de la pratique de la médecine. Comment êtes-vous perçu par vos collèges?
Je pense qu’ils ont pour moi une douce indifférence ou un doux mépris! Je n’en suis pas dérangé: je ne cherche pas à convaincre. La médecine traverse actuellement une grande crise car de plus en plus de gens n’y croient plus. On maintient les médecins dans une notion de pouvoir absolu. De nombreux thérapeutes font d’ailleurs la même chose: ils ont le pouvoir face à leurs patients qui sont des lilliputiens en face d’eux. Je ne suis pas d’accord avec cette façon de pratiquer la médecine. Pour moi, il s’agit d’accompagner les patients. Tout ce que j’ai appris, ce sont eux qui me l’ont enseigné. Ce terme d’accompagnement est essentiel pour moi.
Les gens sont prévenus de ce qui les attend quand ils viennent me voir. A mes yeux, il est très important d’avoir une approche globale de la personne. L’être humain n’est pas un estomac, un bras ou un coeur. C’est tout un ensemble, une multitude de composantes. Je connais bien la médecine « mécanique », que j’ai pratiquée dans l’urgence, et que je pratique toujours lorsqu’il le faut. Mais je sais aujourd’hui qu’il y a toujours une raison à une maladie ou à un accident.

- Vous allez plus loin… vous dites que, selon vous, on peut guérir chaque maladie, y compris le cancer.
Oui. Je me souviens de l’une de mes patientes qui avait un cancer de la peau. Elle se guérissait de ce cancer, et, un jour, a décidé qu’elle en avait assez et qu’elle voulait s’arrêter. Il faut aussi respecter la personne lorsqu’elle prend cette décision. L’important est d’accompagner la personne pour qu’elle vive ou meurt en paix.
Lorsque les gens viennent me voir et me disent « j’ai un cancer » ou « j’ai des sinusites à répétition », je leur demande: « Pourquoi avez-vous cela? ».
Souvent, ils me répondent. Une personne qui a un cancer évoquera tel ou tel événement qu’elle a traversé. Un événement porteur d’émotion qui n’a pas pu être vécu correctement.

- Vous pensez réellement que quelqu’un de déjà très atteint peut guérir grâce à la pensée créatrice, en s’ancrant dans le présent, en exprimant ses émotions?
Oui, je le crois. On peut toujours revenir en arrière. Je sais qu’il y a des sceptiques qui me diront que je vends de l’espoir alors qu’il n’y en a plus. Cette phrase à elle seule est terrible. Il y a toujours de l’espoir.

- Vous estimez que l’aptitude à rebondir dans la vie est une démarche très différente de la résilience. Pourquoi?
La résilience est l’adaptation de certaines personnes à leur milieu. Tout le monde n’en fait pas preuve. C’est une façon de réagir par rapport à la société, elle fait appel aux faculté d’adaptation et à ce que la société peut offrir.
L’aptitude à rebondir est le phénomène inverse. Chaque personne peut y arriver, et c’est en elle qu’elle va trouver les moyens de le faire.

Propos recueillis par Martine Bernier

- « Rebondir! Une approche créative pour surmonter les obstacles », Docteur Daniel Dufour Les Editions de l’Homme
- Le docteur Dufour donnera une conférence au MEDNAT, à Lausanne, le samedi 27 mars 2010 à 13h30
- Site Internet:http://www.oge.biz/fr/index.php

123456
« Page Précédente  Page Suivante »
|